Martel feinte et marque

ÉDITORIAL / Le candidat conservateur Richard Martel ne pouvait espérer une meilleure tribune pour mettre à profit ses talents d’orateur populaire ; de bagarreur à la réplique cinglante. Il était sur sa patinoire et tous, à tour de rôle, ont choisi de lui pousser la rondelle en espérant qu’il manque une passe ou mieux, qu’il marque dans son propre filet. Mais ce scénario ne s’est pas produit. Il n’a eu qu’à appliquer les jeux de base pour se démarquer de ses adversaires et prendre toute la place dans le cadre du débat de mercredi, organisé conjointement par les chambres de commerce du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Radio-Canada et Le Quotidien.

Voilà le premier constat qui ressort de l’exercice, auquel participaient six candidats des partis fédéraux invités : le député sortant de Chicoutimi-Le Fjord, ses homologues de Jonquière et de Lac-Saint-Jean, Karine Trudel (Nouveau Parti démocratique) et Richard Hébert (Parti libéral du Canada) respectivement, le candidat du Parti populaire, Jimmy Voyer, la représentante du Parti vert, Lynda Youde, et le candidat du Bloc québécois, Mario Simard.

Avec six danseurs sur la même scène, il y avait pourtant lieu de croire à une mêlée générale plutôt qu’un tir groupé à l’endroit de Richard Martel. Il faut croire que l’objectif était de le faire sortir de ses gonds, notamment sur la question du projet de corridor énergétique articulé par son parti. Or, le résultat de cette stratégie a nui aux autres acteurs, qui ont vu la plupart de leurs attaques esquivées par l’ancien entraîneur de hockey.

C’est dommage. Pas parce que Richard Martel s’est accaparé l’essentiel de l’attention, mais parce que tous sans exception se sont présentés à ce débat avec une maîtrise manifeste de leur contenu.

Karine Trudel, par exemple, a réussi à répéter suffisamment de fois les mots travailleurs et travailleuses pour bien faire comprendre qu’il s’agit là de sa première priorité, qui est également une valeur indissociable de son parti. Elle a aussi démontré sa proximité avec les électeurs, référant maintes fois à des gens et à des PME de sa circonscription, notamment dans le dossier des transferts d’entreprises familiales. Bref, sans être flamboyante, elle a su capitaliser sur l’espace qui lui a été consenti.

Ce fut moins évident pour le libéral Richard Hébert. Certes ce dernier était visiblement en pleine maîtrise de ses dossiers. Par contre, le député sortant de Lac-Saint-Jean n’a presque jamais été interpellé par ses adversaires, même s’il fait partie du gouvernement Trudeau. Également, lorsqu’il a eu l’occasion de se mettre en évidence, il a opté pour la prudence en répétant les faits saillants de son parti plutôt que de risquer une attaque à l’endroit de ses opposants. En résumé, Richard Hébert a quitté la scène sans écorchure évidente, mais sans l’éclat qui aurait pu profiter aux libéraux de la région.

Quant à Mario Simard, il est difficile d’analyser sa participation sous un seul angle. Le candidat du Bloc québécois a définitivement été le plus agressif du débat, tirant à boulets rouges sur le conservateur Richard Martel, mais pour chaque assaut, il a encaissé une ou deux gifles bien senties. Il avait pourtant bien amorcé le débat en présentant la base d’une plateforme régionale axée sur le développement de l’énergie verte, une idée fort intéressante. Mais à trop vouloir déstabiliser son adversaire conservateur, il s’est souvent retrouvé en déséquilibre, en plus de faire ombrage au contenu qu’il aurait eu avantage à livrer. Le bloquiste aurait eu intérêt à prendre exemple sur Karine Trudel et attendre les occasions propices pour décocher ses flèches, surtout avec une cible aussi imprévisible que Richard Martel.

Les deux autres candidats, Lynda Youde (Parti vert) et Jimmy Voyer (Parti populaire), ont enfin paru effacés pendant la majeure partie du débat, malgré quelques moments dignes de mention. Nous retiendrons en ce sens le discours de Mme Youde à la toute fin de l’exercice, qui était empreint de sincérité, ainsi que l’intervention de M. Voyer auprès du libéral Richard Hébert, concernant les subventions accordées par le gouvernement Trudeau aux géants du pétrole.