Maigre pitance pour la région

ÉDITORIAL / Avez-vous remarqué que nulle part dans son discours de présentation du budget, le ministre Carlos Leitão n'a prononcé le mot « régions » ?
Présenté tel le budget de l'espoir retrouvé, l'exercice gouvernemental est, à première vue, sans grande promesse pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean. Rien que le fait qu'aucune mesure d'envergure n'ait été élaborée pour appuyer la transformation de l'aluminium dans la région, de façon spécifique, fait foi d'un inquiétant positionnement. Où est-ce plutôt que le gouvernement du Québec a lancé la serviette en ce qui a trait à la valorisation, ici, de ce créneau d'avenir ? En n'attribuant aucun avantage aux transformateurs et aux équipementiers qui choisissent la Vallée de l'aluminium comme terre d'accueil, Québec donne sa bénédiction à ceux qui militent en faveur d'une concentration de ce type d'entreprises dans l'agglomération de Montréal. Le moins qu'on puisse dire est que nous sommes loin de l'époque des crédits d'impôt et des créneaux d'excellence mis de l'avant par l'ancien premier ministre Bernard Landry... 
INDUSTRIE FORESTIÈRE
Outre le secteur de la transformation de l'aluminium qui semble avoir été complètement oublié, l'industrie forestière doit elle aussi se contenter de miettes alors qu'elle s'apprête à affronter deux crises majeures : celle de la tordeuse des bourgeons de l'épinette et celle engendrée par un nouveau litige sur le bois d'oeuvre avec les États-Unis. Selon les détails rapportés par le journaliste Louis Potvin, qui était à Québec pour le dévoilement de ce budget, à peine 46 millions de dollars ont été réservés pour l'innovation technologique, sur une période de cinq ans. Il s'agit là d'une intervention bien timide compte tenu de la nécessité, pour les scieries québécoises, de se développer au même rythme que leurs rivales américaines. Le gouvernement Couillard estime qu'il appartient à Ottawa d'instaurer un programme de garanties de prêts pour les entreprises vulnérabilisées par la position américaine.
Il y a néanmoins un élément positif à retenir de ce budget, en regard de la forêt : une enveloppe de 7 millions de dollars, répartie sur trois années, sera dédiée à la réalisation d'un plan de gestion du caribou forestier. En autorisant de nouveaux inventaires aériens, Québec disposera d'outils pour statuer sur les aires à protéger et les mesures à adopter, dans une optique de protection qui ne concerne pas uniquement les cervidés, mais aussi l'exploitation forestière. 
AGRICULTURE BIOLOGIQUE
Une poignée d'agriculteurs verront certes d'un bon oeil les 159 millions alloués pour stimuler l'investissement, surtout ceux qui souhaitent se tourner vers la production biologique, qui a connu une hausse de 10 % au cours de la dernière décennie. Pour eux, Québec a réservé 42,5 millions de dollars sur cinq ans. Or, l'agriculture est l'affaire de tous et non un vecteur propre au Saguenay-Lac-Saint-Jean. 
Les exploitants de serres seront aussi admissibles à des tarifs hydroélectriques préférentiels pendant quatre années, selon les termes d'un programme spécifique. Dans le secteur de Saint-Félicien, où le complexe des Serres Toundra pourrait faire l'objet d'une expansion prochaine, cette mesure devrait porter ses fruits. 
Le gouvernement de Philippe Couillard a choisi de redistribuer la richesse en saupoudrant un peu partout ses surplus, en colmatant quelques brèches manifestes, notamment en Éducation, et en redonnant un peu d'oxygène aux foyers du Québec. À l'échelle provinciale, il y aura sans doute des heureux. Par contre, dans la région, il y a bien peu de raisons de lever son verre à l'espoir retrouvé.