L'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC)

L'UQAC en quête d'identité

ÉDITORIAL / Avant de reprendre son rôle de gardienne du savoir et de contribuer à la relance économique du Saguenay-Lac-Saint-Jean, l'Université du Québec à Chicoutimi devra d'abord se définir elle-même et se souvenir de sa raison d'être. Car, à travers les conflits internes qui ont bouleversé les activités de l'établissement au cours des dernières années, l'UQAC semble être devenue une structure sans âme, ulcérée par des forces divergentes qui peinent à se rallier autour d'une même cause. À plusieurs égards, l'actuelle course au rectorat est d'ailleurs le reflet saisissant de cette quête d'identité.
Mardi, les deux aspirants à la succession de Martin Gauthier ont rencontré la communauté universitaire afin de présenter, à tour de rôle, leur vision de l'UQAC. Malgré quelques constats communs sur l'état de la situation et la nécessité d'une réconciliation entre la direction et le personnel, un immense fossé sépare les candidats, l'enseignante et membre du conseil d'administration, Nicole Bouchard, et le doyen des études Étienne Hébert. 
La première a ouvertement milité afin que le mandat de l'ex-recteur Gauthier ne soit pas reconduit ; le second faisait partie de son administration. Mme Bouchard rejette vigoureusement le concept d'université néolibérale au service des lois du marché et de l'industrie ; M. Hébert prône quant à lui des partenariats socioéconomiques fructueux pour toutes les parties impliquées. Elle promet qu'il n'y aura pas de « fermetures sauvages de programmes » pour des considérations financières ; lui, sans évoquer la disparition de programmes, parle d'une université qui doit « s'adapter à la société du savoir ».
Élaborer davantage sur leurs positions, leurs arguments et les pistes de solutions qu'ils préconisent, à l'intérieur d'un éditorial aussi bref, ne rendrait pas justice à la qualité des présentations offertes mardi, devant plus d'une centaine de personnes intéressées. Mais, il ressort un élément central dans les deux discours, et celui-ci mérite qu'on s'y attarde : l'UQAC souffre encore terriblement de ses blessures du passé. Et la pente qui se profile apparaît aussi longue qu'abrupte, à la veille de la nomination d'un nouveau recteur ou d'une nouvelle rectrice.
Laver le linge sale en famille
Comme observateur régional, il y a lieu d'être très attentif à ce qui se déroule entre les murs du campus. Les cafouillages survenus avant le règne de Martin Gauthier, puis la crise qui a pris forme dès le lendemain de son couronnement ont affaibli l'institution comme leader régional, mais également comme défenderesse du droit aux études supérieures pour les collectivités éloignées. 
Cette course au rectorat correspond à la croisée des chemins et sera déterminante pour l'avenir. L'UQAC dispose sans contredit de l'intelligence, des outils et des compétences nécessaires pour rayonner à nouveau, mais encore faudra-t-il que tous acceptent d'avancer dans la même direction. Davantage qu'un exercice politique, elle est l'occasion de laver le linge sale en famille et de faire un trait définitif sur le passé. 
La communauté universitaire doit déterminer ce qu'elle entend devenir, mais avant d'effectuer cette tâche, il lui faudra définir qui elle est vraiment. 
Avec un exercice budgétaire déficitaire de 2 millions de dollars au 11 avril 2016, et un déficit projeté de 3,5 millions de dollars pour 2017-18, l'UQAC a besoin de tout sauf d'une autre crise. 
Il reste à espérer que tous en soient bien conscients.