L’UQAC de la rectrice

ÉDITORIAL / Malgré ses cinquante années d’existence et le rôle de leader du savoir qu’elle assume au Saguenay-Lac-Saint-Jean, l’Université du Québec à Chicoutimi doit constamment se battre pour assurer son avenir et s’épanouir au rythme des connaissances et de la recherche. L’établissement a vécu ses crises et ses revers. Les coupes budgétaires répétées, les déchirements internes, la compétition avec les grandes universités et la décroissance démographique ne sont que quelques-unes des embuches avec lesquelles l’institution a dû composer au cours des dernières années. Il y aura d’autres défis à relever, mais aujourd’hui, la direction estime avoir les outils nécessaires pour propulser l’UQAC vers de nouveaux sommets.

Le 22 juin 2017, un nouveau chapitre de l’histoire de l’UQAC s’amorçait avec la nomination de Nicole Bouchard au poste de rectrice. Déterminée à remplir ses engagements, elle a fait maison nette à la haute direction de l’université, puis a ouvert six postes de gestion de second niveau. Cette structure, qu’elle présente tel son « socle de gestion », fait en sorte que dorénavant, le futur de l’établissement ne repose plus sur quelques individus, mais plutôt sur une équipe multidisciplinaire, où chaque élément a une importance significative.

En entrevue éditoriale, Nicole Bouchard reconnaît que ce « socle » ne s’est pas fait en claquant des doigts. Il y a eu des essais, des erreurs. Mais il y a également eu de belles surprises. Elle évoque notamment l’embauche de l’ancien député Alexandre Cloutier dans les fonctions de vice-recteur aux partenariats et secrétaire général. L’expérience de ce dernier, dit-elle, a permis à la direction de l’UQAC de mieux comprendre la scène politique ; de mieux évoluer dans cet univers dont elle dépend.

Beaucoup d’attentes reposaient sur les épaules de Nicole Bouchard lorsqu’elle a franchi, pour la première fois, les portes du rectorat. Elle-même avait ouvertement critiqué l’administration précédente, s’engageant à faire mieux, à adopter une approche plus collaborative avec le personnel, à être plus transparente. Elle souhaitait également faire rayonner davantage l’UQAC au-delà des frontières du campus. Certaines actions concrètes permettent d’affirmer, aujourd’hui, qu’elle s’est acquittée de plusieurs de ces promesses.

Les programmes moins populaires ont été maintenus, voire réconfortés dans leur mission. « Une université sans art, sans lettres et sans sciences humaines, ce n’est pas une université », réitère-t-elle.

Les revenus engendrés par la présence de l’UQAC à l’international ont été dévoilés à la communauté universitaire. Les rencontres avec le personnel se sont multipliées ; la place de l’UQAC dans le domaine de la santé a fait l’objet d’une réflexion pointue, si bien que la rectrice croit qu’avec ses programmes paramédicaux, l’établissement pourrait devenir une référence au pays.

Des territoires comme le Brésil sont désormais ciblés ; la formation à distance fait également partie des stratégies prioritaires de développement.

Des liens étroits ont été tissés avec l’administration municipale de Saguenay et avec le gouvernement de François Legault. D’ailleurs, bientôt, ces nouvelles relations politiques pourraient donner naissance à un projet unique au Québec, lequel aurait pour thème la rétention, en régions, des étudiants étrangers.

L’UQAC entend aussi participer au débat entourant les grands projets industriels, dans un esprit de neutralité. La rectrice évoque un processus de discussion citoyenne où son institution fournirait à toutes les parties concernées des données scientifiques, lesquelles favoriseraient une réflexion plus éclairée. À ce sujet, Nicole Bouchard insiste : « L’UQAC ne doit en aucun cas être instrumentalisée, mais elle peut néanmoins s’impliquer. »

Il est difficile de prédire le futur de l’UQAC ; de dire si l’établissement remportera ses nombreux paris. Par contre, s’il est une vérité absolue, c’est que le Saguenay-Lac-Saint-Jean ne peut se réaliser à la hauteur de son potentiel sans la présence d’une université forte et moderne. Nicole Bouchard a insufflé un vent de changement au sein de toute l’organisation. Elle a pris la parole au nom des universités régionales en dénonçant leur sous-financement. Mais surtout, après deux ans à la tête de l’UQAC, elle se présente avec la même combativité que celle qui l’a portée jusqu’à son poste, sans la moindre trace d’épuisement. Et cela est très rassurant.