L’occasion de revoir nos paradigmes

ÉDITORIAL / Il y a une règle immuable qui se décline ainsi : crise égale opportunité. Avec les mesures draconiennes déployées sur l’ensemble du territoire québécois afin de ralentir l’évolution de la maladie COVID-19, tous devront remodeler leur quotidien dans le cadre d’un effort collectif concerté. Fermeture des établissements d’enseignement pour les deux prochaines semaines, isolation des personnes démontrant des symptômes, risque de propagation du nouveau coronavirus, activités interrompues, institutions publiques interdites d’accès… Et plus les jours passeront, plus cette liste de contraintes risque de s’allonger. Aussi, dans ce contexte, pourquoi ne pas en profiter pour revoir un peu notre routine et tous les paradigmes qui la façonnent ?

Parce que, ne nous enfouissons pas la tête dans le sable, ce sera une guerre d’usure entre notre collectivité et le virus. Le ralentissement économique et la pression exercée sur les entreprises de toutes natures, pendant les prochaines semaines, auront une incidence sur les travailleurs et, conséquemment, sur leur famille. À la maison, l’interruption des événements sportifs et culturels pèsera aussi dans la balance. Ni hockey ni spectacles, mais beaucoup plus de réseaux sociaux ; l’équation semble malheureusement évidente.

La situation est pourtant toute désignée pour reprendre contact avec nos proches et faire le point. Ça peut sembler philosophique comme affirmation, certes, mais songez-y un instant. À quand remonte la dernière fois où vous avez sorti les vieux jeux de société du placard ? Entre l’école, le travail, les cours du soir, les tournois à l’extérieur et les autres aléas de la vie, il reste parfois si peu de temps pour passer de bons moments et faire le plein de souvenirs impérissables. Bref, pour renouer avec l’essentiel.

Cette période sera aussi l’occasion de prendre conscience de notre environnement immédiat. La réponse spontanée de nos institutions aux mesures décrétées par le gouvernement du Québec mérite d’être applaudie, par contre, il ne fait aucun doute que de nombreuses PME au Québec subiront les secousses du séisme. Certaines pourraient même avoir du mal à se relever au terme de l’actuelle crise.

En ce sens, bien que le concept d’achat local se soit déjà bien installé dans le discours collectif, ne serait-il pas de bon aloi, comme citoyens responsables, de déployer des efforts supplémentaires afin d’atténuer les conséquences de ce passage obligé ? Par exemple, au lieu de s’entredéchirer pour le dernier rouleau de papier hygiénique sur les tablettes, un phénomène absolument ahurissant, pourquoi ne pas rendre visite au pâtissier du coin plutôt que d’opter pour une tarte congelée au supermarché ? Ou à un microbrasseur local plutôt que d’acheter une caisse de Bud au rabais ? Pourquoi n’irait-on pas redécouvrir la petite quincaillerie, la chocolaterie, la boucherie, le restaurateur et l’artisan bien de chez nous ?

C’est en cumulant ces petits gestes qu’il est possible de faire la différence. Et peut-être en ferez-vous une habitude qui se perpétuera une fois la page tournée sur le chapitre de la COVID-19, qui sait ?

C’est un marathon qui s’amorce. Nous passerons vraisemblablement à travers une gamme d’émotions collectives comme la solidarité, la crainte, le scepticisme et l’impatience. Il sera alors temps, plus que jamais, de nous serrer les coudes et de garder le cap.