La Commission scolaire des Rives-du-Saguenay traverse une zone de turbulences depuis maintenant plusieurs mois.

L'occasion de revoir le modèle

Il n’y a pas lieu de se réjouir lorsqu’une équipe d’enquête ministérielle débarque afin de valider des doutes sur « la gouvernance et la gestion générale » d’une organisation publique. La situation est encore plus humiliante lorsqu’en plus, jamais tel exercice n’a été mis de l’avant au Québec. L’état de la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay était à ce point préoccupant que le ministre Sébastien Proulx a jugé nécessaire d’intervenir. Tout ça n’augure rien de bon, mais il est rassurant de voir l’État s’investir ainsi avant que le climat se détériore davantage.

Ce n’est un secret pour personne : la commission scolaire saguenéenne traverse une zone de turbulences depuis maintenant plusieurs mois. À la démission de son ancien président, Antonin Simard, s’est ajoutée une rupture manifeste entre le nouveau conseil d’administration et la direction générale. L’emprise de la directrice Chantale Cyr serait au cœur du problème, elle à qui les commissaires ont récemment révoqué neuf pouvoirs dont celui d’octroyer des contrats de moins de 100 000 $. Les élus scolaires nous ont pourtant habitués à des positions timides, souvent orientées par les directions générales. Qu’a-t-il bien pu se produire pour qu’un tel désaveu ait été entériné ? Les commissaires ont-ils soudainement réalisé qu’en fin de compte, ils avaient un plus grand rôle à jouer sur le plan administratif ? 

Une chose est certaine : la directrice Chantale Cyr en menait large au sein de l’organisation et les commissaires ont décidé de reprendre les commandes.

Il appartient maintenant au ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur de faire la lumière sur les événements qui ont mené à cette situation peu reluisante pour une institution démocratique. 

Avec un taux de participation qui peine à atteindre les 5 %, les élections scolaires font figure d’enfant pauvre en matière de démocratie. La pertinence des commissions scolaires est fréquemment remise en question, notamment lors des campagnes provinciales, mais jusqu’ici, ces organisations ont réussi à tenir le coup.

Peut-être cette première enquête gouvernementale aura-t-elle l’effet d’une étincelle au ministère, qui sera à même de constater des éléments dysfonctionnels dans ces structures. Souvent, il n’y a que de l’intérieur qu’on puisse effectuer un diagnostic précis et, conséquemment, identifier la cure qui s’impose. La réflexion qui découlera de l’actuelle crise ne doit pas se limiter aux pouvoirs dont jouissait Chantale Cyr ou aux compétences légitimes du conseil des commissaires. Cette enquête doit aussi servir à évaluer l’ensemble de l’œuvre, incluant les failles qui ont permis à la situation de s’aggraver. 

Était-il raisonnable d’aménager une école trilingue à La Baie, d’y investir près d’un million de dollars, d’y déployer de la main-d’œuvre interne pour les travaux, tout ça pour à peine quelques centaines de jeunes privilégiés, à une époque où les enseignants réclament, partout ailleurs, des ressources supplémentaires ? 

Il est toujours sage de remettre en question un modèle établi, ne serait-ce que pour mieux aborder l’avenir. Dans cet esprit, rien ne doit être considéré tel un dogme intouchable. Par exemple, serait-il envisageable de céder aux établissements collégiaux la responsabilité de la formation professionnelle, eux qui cherchent désespérément de nouvelles sources de revenus et qui disposent des espaces et équipements nécessaires pour s’acquitter d’un tel mandat ? Le monde municipal pourrait-il prendre en charge le transport scolaire et ainsi consolider ses propres services de transport collectif ? 

Ce sont tous des sujets qui méritent d’être approfondis, surtout dans un réseau public qui, selon les plus récentes données de l’Institut économique de Montréal (IÉDM), a vu sa clientèle chuter de 6,5 % au cours de la dernière décennie, passant de 1,05 million à 983 000 élèves au Québec. 

L’enquête sur la gouvernance de la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay pourrait être le point de départ d’une telle prise de conscience.