Marc St-Hilaire

L’occasion de reconstruire

ÉDITORIAL / La vie en collectivité commande des ajustements au quotidien, qui suivent l’évolution des masses et les aspirations de chaque génération. La plupart du temps, on ajoute une couche de terre par-dessus les autres, puis une autre, et ainsi de suite, de telle sorte qu’un jour, le sol sur lequel repose notre structure devient instable. C’est à ce moment qu’une prise de conscience est nécessaire et qu’il devient inévitable de repartir à zéro ; de tout reconstruire sur de nouvelles bases.

La crise que nous vivons depuis le mois de mars pourrait être le catalyseur dont nous avions besoin pour transformer nos réflexions en solutions concrètes. Dans cette édition du Progrès, le journaliste Thomas Dufour s’est interrogé sur le visage des villes après la crise. Il rappelle notamment que depuis des siècles, les pandémies ont influencé l’urbanisme. Pourquoi en serait-il autrement cette fois-ci ?

Du télétravail à la multiplication des rues piétonnières en milieu urbain ou au port du masque, de multiples changements se sont imposés dans nos habitudes de vie. Collectivement, nous avons adapté nos façons de faire pour continuer d’avancer, au travail comme dans nos loisirs.

Au début de la crise, nous avons tous abordé ces changements comme des mesures temporaires, vouées à disparaître une fois la pandémie terminée. Mais aujourd’hui, nombreux sont ceux qui réclament que certains de ces changements soient permanents.

Dans l’article de Thomas Dufour, le géographe et urbaniste Martin Simard évoque « la peur de l’autre et l’appel du foyer pour le télétravail et les loisirs ». Ces facteurs, comme bien d’autres, sont susceptibles de provoquer une révision des schémas d’urbanisme et, conséquemment, des services offerts à la population.

N’est-ce pas là une occasion rêvée de prévoir demain plutôt que de repeindre encore une fois le vieux plâtrage ? Prenons pour exemple l’idée lancée par Denis Bouchard dans ces pages, en février dernier, de repenser le quadrilatère englobant l’hôpital de Chicoutimi, l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), le Cégep de Chicoutimi, le centre Georges-Vézina et, par extension, le parc Jean-Béliveau ; d’en faire une zone unique où chaque pôle serait relié et accessible à la marche.

Une telle réflexion est plus pertinente que jamais et s’applique non seulement à Chicoutimi, mais également aux arrondissements de La Baie et de Jonquière, à Alma, à Roberval, à Saint-Félicien et à Dolbeau-Mistassini. Il en est de même pour nos villages. Car, quelle que soit l’ampleur du chantier, l’enjeu reste le même : il faut profiter de cette pause forcée pour se redéfinir face à l’avenir.

Parce que oui, l’avenir sera différent de celui auquel nous étions promis. Le monde a changé. De nouvelles variables aléatoires font désormais partie de l’équation. Par exemple, est-ce que nous assisterons à un exode des grands centres au profit des régions, à l’ère du télétravail ? Est-ce que l’achat local deviendra le leitmotiv des populations du Québec ? Est-ce que les gens vont opter davantage pour le transport en commun, la marche et le vélo pour leurs déplacements ? Est-ce que notre économie sera orientée afin de ne plus être vulnérable en cas de pandémie ?

Les réponses à ces questions ne seront connues que dans quelques mois, voire quelques années. Nous devons néanmoins faire preuve de vision et nous préparer, maintenant, en fonction des tendances qui se dessinent. Car ce sont les villes qui auront été les plus imaginatives qui deviendront les plus prisées, tant pour la qualité de vie qu’elles proposent que pour leurs atouts naturels.

N’est-ce pas là un défi stimulant pour nos urbanistes et nos décideurs locaux ? Alors, allez, impressionnez-nous !