L'information, partout au Québec

ÉDITORIAL / Le prêt gouvernemental de 10 millions de dollars accordé à Groupe Capitales Médias n’est pas un pacte entre l’entreprise et le Parti libéral du Québec. Cette aide remboursable est le pont qui permettra aux populations de six régions du Québec de conserver leur accès à des nouvelles locales, justes, vérifiées et objectives. Prétendre le contraire équivaut à remettre en question le professionnalisme de plus de 200 journalistes, chroniqueurs et éditorialistes, tous animés par ce droit fondamental qu’est l’accès à l’information.

La crise structurelle des médias n’est pas une chimère ; elle existe et menace un pilier crucial de notre société démocratique, à une époque où le contenu informationnel légitime est souvent confondu avec les rumeurs qui circulent sans filtre sur les réseaux sociaux. Jamais le citoyen n’a été bombardé par tant d’affirmations non vérifiées et de propagande bon marché, qui influencent inévitablement sa réflexion et ses choix. Les médias écrits sont l’un des derniers remparts derrière lesquels celui qui cherche la vérité peut encore se réfugier. Leur mission est de valider les faits, de les traiter à travers une démarche rigoureuse, dans une logique d’imputabilité envers leur auditoire. Mais tout cela a un coût.

Il est important de mentionner que jusqu’ici, jamais l’industrie des médias privés n’avait demandé l’aide de l’État pour le maintien de ses opérations. Or, l’avènement des Google, Facebook et autres agrégateurs de nouvelles a bouleversé l’échiquier, provoqué une migration des revenus publicitaires et mis en péril l’ensemble des journaux traditionnels. Ces derniers ont entrepris un virage numérique et se sont donné des outils pour aborder l’avenir, certes, mais une telle conversion ne peut se faire en l’espace de quelques mois, voire en quelques années. Il faut laisser le temps à l’industrie de se métamorphoser, et sans l’aide des différents paliers de gouvernement, la plupart des institutions auront sans doute du mal à franchir la ligne d’arrivée, malgré toute leur bonne volonté. 

En raison des distances qui les caractérisent et d’une démographie moins dense, les régions seraient lourdement affligées par la disparition de leurs médias écrits locaux. En plus de fournir des nouvelles de leur milieu sur une base quotidienne ou hebdomadaire, les journaux alimentent la plupart des stations de radios ainsi que les réseaux sociaux sans rien demander en retour, sinon d’être cités. 

Comment maintenir un tel service alors que les sources de revenus diminuent ? C’est la réponse que tente de trouver l’entreprise, mais encore là, une telle transition ne peut se matérialiser d’un simple coup de baguette magique. Il faut du temps et des conditions favorables pour se redéfinir. 

En ce sens, lorsque certains médias concurrents s’indignent et laissent entendre que cette aide exceptionnelle aura une quelconque incidence sur l’indépendance journalistique de Groupe Capitales Médias, ils font non seulement un affront à l’intelligence des lecteurs, mais ils insultent également les professionnels que nous sommes. La charge est encore plus pernicieuse lorsque le propriétaire de l’une de ces organisations a été chef de l’opposition à l’Assemblée nationale. Lorsqu’on vit dans un palais de verre, on évite de lancer des pierres. 

L’aide confirmée jeudi par la ministre Dominique Anglade témoigne d’une volonté de contribuer au maintien d’une presse professionnelle et objective partout sur le territoire du Québec. Mais plus que tout, le gouvernement de Philippe Couillard reconnaît l’importance des régions et des collectivités qui les composent, les respectant suffisamment pour leur reconnaître le droit de savoir ce qui se passe dans leur environnement. Et c’est là l’essence même de la démocratie.