L’inattendu destin de la camerise

ÉDITORIAL / Après une douzaine d’années de promesses et d’espoir, il est intéressant de voir l’industrie de la camerise s’épanouir au Saguenay-Lac-Saint-Jean. À l’époque, en 2007 pour être précis, quiconque prédisait un avenir radieux pour ce petit fruit nordique s’exposait au scepticisme de ses interlocuteurs. Les initiés étaient pourtant convaincus et aujourd’hui, il est à propos de dire que le temps leur a donné raison. Et cela est une excellente nouvelle pour la région.

La première fois que j’ai entendu parler de ce fruit, c’était en février 2007, à Saint-Bruno, dans le cadre d’un colloque sur la gestion agricole. Agronome au ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ), André Gagnon donnait l’impression d’être un prophète parmi les incrédules, vantant les multiples propriétés bénéfiques de la camerise. Pourtant, déjà, il évoquait le potentiel de la camerise pour capitaliser davantage sur les installation régionales destinées à la congélation du bleuet sauvage, emblème du Royaume.

En entrevue, l’agronome exprimait : « Il faut donner de la plus-value à notre industrie (du petit fruit). Ici, tout est favorable pour le faire. Nous vivons dans l’endroit idéal pour exploiter d’un bout à l’autre la production. »

Le plan élaboré par André Gagnon se déclinait ainsi : la récolte de camerises serait effectuée en juin, celle de l’amélanche en juillet, puis la récolte du bleuet sauvage au mois d’août. La cerise serait quant à elle cueillie au début de septembre.

Il lançait enfin l’idée de bonifier ce cycle annuel d’efforts soutenus en matière de transformation, dans l’optique de maximiser encore les retombées économiques.

Dans notre édition de mardi, le journaliste Guillaume Roy fait état de l’essor incroyable de la camerise. Il souligne qu’avec plus d’un million de plants en terre, le Québec est présentement le leader mondial de cette production. Ici, au Saguenay-Lac-Saint-Jean, l’autocueillette est en effervescence et compense, pour les agriculteurs, la baisse du prix offert par les usines de congélation, conséquence de la croissance phénoménale du volume de production. Sur une période d’à peine trois ans, les ventes aux usines régionales sont en effet passées de 40 000 à 100 000 livres de camerises. Il s’agit d’une explosion de 150 % !

S’il est une chose qu’il faut retenir de la petite histoire de l’industrie de la camerise au Saguenay-Lac-Saint-Jean, c’est que les grands projets ne se réalisent pas d’un coup de baguette magique. Ce genre de réussite est pratiquement toujours le résultat d’efforts acharnés, mais aussi le fruit d’idées auxquelles ont cru ardemment une poignée de visionnaires.

Ceux-ci sont rares et ils sont souvent ignorés par la masse. Heureusement, une portion de la population prend la peine d’écouter ce qu’ils disent, valident les informations et ultimement, adhèrent aux concepts qu’ils véhiculent. C’est ce qu’ont fait ces agriculteurs qui, aujourd’hui, offrent l’autocueillette de camerise dans notre coin de pays.

La formule est simple, même si elle nécessite une bonne dose d’ambition et de confiance. Elle s’applique à tous les domaines d’activités. Devinci n’est-elle pas née du rêve de la transformation de l’aluminium et sa marque n’est-elle pas désormais présente aux quatre coins du globe ?

Alors inspirons-nous de ces succès pour en susciter d’autres, façonnés à partir d’idées qui, à priori, paraissent utopiques.

Et aussi, cet été, savourons cette camerise encore méconnue, mais non moins succulente dans une salade de fruits frais.