L'heure des conseils

Les élus de Saguenay souhaitent tenir les séances publiques du conseil municipal sur l'heure du midi plutôt qu'en début de soirée, à tout le moins dans le cadre d'une sorte de "projet-pilote".
La décision, annoncée lors de la première réunion publique tenue à la suite des élections de novembre dernier, avait commencé à susciter de nombreuses réactions. Puis, l'incendie qui s'est déclaré dans un pilier du pont Dubuc a provoqué une éclipse médiatique, occultant la question.
La situation étant revenue à la normale sur le pont et le temps des Fêtes étant chose du passé, le dossier revient, via notamment plusieurs lettres ouvertes publiées en ces pages au cours des derniers jours, au coeur des débats.
Dans les faits, il existe des aspects positifs autant que négatifs reliés à la tenue de séances publiques du conseil sur l'heure du midi. D'une part, il est vrai que les citoyens qui travaillent, comme certains conseillers d'ailleurs, ont moins de temps pour assister aux rencontres et s'y préparer, et donc moins de temps pour débattre ou encore poser des questions. Par contre, il est aussi vrai que cet horaire donne plus de temps aux médias pour justement poser des questions et approfondir les dossiers. De plus, les séances du conseil sont toutes disponibles en ligne et sont pour la plupart télédiffusées. Le site web de Saguenay relaie aussi de nombreux documents pertinents et tous les procès-verbaux.
Dans ce contexte, la balle est donc clairement dans le camp des citoyens. Ce sera à eux de faire part aux élus de leur préférence. À eux, aussi, de démontrer qu'ils ont le goût de suivre attentivement et de s'impliquer davantage dans les activités du conseil municipal.
À cet égard, l'exemple fourni, il y a quelques années, par le dossier de la fluorisation de l'eau potable s'avère particulièrement pertinent. À l'époque, une importante levée de boucliers provenant de citoyens et de groupes de tous horizons, ont incité les élus de Saguenay à revenir sur leur décision d'ajouter du fluor à l'eau du réseau d'aqueduc saguenéen. Autre bel exemple, celui des lettres géantes "Saguenay" que Jean Tremblay avait proposé d'ériger en surplomb du quai d'escale de La Baie. Encore là, la volonté populaire s'est manifestée avec éloquence, vigueur et clarté. Encore là, les élus de la capitale régionale ont saisi le message et fait marche arrière.
Alors, si, effectivement, la population de Saguenay se sent interpellée par le changement d'heure des séances publiques; si, effectivement, elle a l'impression que le "projet-pilote" les dérange dans l'exercice du rôle de citoyen; si effectivement, elle estime que cette modification la prive d'une occasion importante pour rencontrer les élus, s'informer des dossiers en cours et poser des questions, elle doit manifester clairement sa position au maire Tremblay et aux conseillers.
Participation
Mais, si une telle levée de boucliers survient et incite, voire oblige, Saguenay à mettre fin à son "projet-pilote", il faudra que les bottines suivent les babines, pour reprendre l'expression consacrée. Il faudra alors que les citoyens assistent nombreux aux réunions et y participent.
Car, peu importe l'heure des séances ordinaires ou extraordinaires du conseil municipal, il demeure que la participation des citoyens à ces rencontres, comme aux réunions des arrondissements, est, depuis la fusion, très faible, seule une poignée d'habitués y assistant régulièrement.
Certes, on peut affirmer que la manière parfois un peu trop directe, à la limite parfois brutale, utilisée par le maire pour répondre à certaines questions pointues peut, à cet égard, jouer un certain rôle.
Mais une forte assistance à toutes les séances et des questions de provenance plus variées pourraient contribuer à adoucir le ton de tous les participants. Tout comme la présence à la table de nouveaux conseillers indépendants ou liée à «l'opposition officielle», susceptible d'y engendrer une nouvelle dynamique.
Chose certaine, il n'est pas inutile que Saguenay procède à son test visant à tenir les rencontres du conseil le midi. Les réactions et les impacts qu'auront ou non le "projet-pilote" seront éclairants quant à la vitalité de la scène politique municipale saguenéenne et quant aux priorités des citoyens vis-à-vis de leurs élus et des affaires publiques.
À condition que le maire Tremblay et les conseillers soient prêts à faire volte-face si la situation et les réactions des citoyens le commandent, toute l'affaire pourrait s'avérer bénéfique en incitant les citoyens et les élus à mieux jouer leur rôle respectif.