L’héritage d’une gestion efficace

ÉDITORIAL / Toute proportion gardée, plusieurs villes, dont Saguenay, auraient bien des raisons de rougir devant Alma, qui récolte le fruit de deux décennies d’administration prudente des deniers publics. Non seulement la capitale jeannoise termine l’année avec un autre surplus, qui s’élève cette fois-ci à 5,2 millions de dollars, mais elle a réussi à réduire sa dette à long terme pour atteindre une charge de 962 $ par habitant. Aux fins de comparaison, chaque citoyen saguenéen porte sur ses épaules une dette de 3023 $ en ce moment, et la situation ne cesse de se détériorer. Mais comment expliquer la prospérité d’Alma, alors que le Saguenay-Lac-Saint-Jean est en pleine décroissance ?

Pour savoir où l’on va, il faut d’abord savoir d’où l’on vient. Une bonne partie de la réponse réside dans ce proverbe. Ramenons-nous à la fin des années 1990, alors que Jean-Maurice Harvey était maire et qu’Alcan annonçait la construction de l’usine d’électrolyse la plus moderne au monde, en sol almatois. À l’époque, les dirigeants municipaux auraient pu être obnubilés, se lancer dans les grands chantiers de développement, dépenser sans compter. Or, en 1999, l’administration Harvey a plutôt choisi d’utiliser ses nouveaux revenus pour affranchir Alma de sa dette à long terme. Naissait alors la politique d’emprunt zéro, un dogme épousé par le successeur de Jean-Maurice Harvey, Gérald Scullion, en 2003. En l’espace d’à peine dix ans, ladite dette est passée de 46 millions à moins d’une dizaine de millions de dollars.

Jean-Maurice Harvey et Gérald Scullion ont maintes fois été critiqués par le milieu, notamment celui des affaires, qui souhaitait une ville plus visionnaire, plus active, prête à investir davantage dans les infrastructures et le développement économique. Or, l’un et l’autre des deux maires ont scrupuleusement maintenu le cap, appuyés par une fonction publique forte, spécialisée en matière de comptabilité.

Depuis 2009, Marc Asselin est à la tête d’Alma. Les visages ont changé et la politique d’emprunt zéro n’est plus à l’ordre du jour, mais le souci d’une gestion saine des fonds publics est demeuré le leitmotiv du conseil et de ceux qui mettent en œuvre les décisions des élus, dans les bureaux de l’hôtel de ville. Selon les chiffres rapportés par la journaliste Annie-Claude Brisson, dans notre édition de mardi, la dette actuelle d’Alma se chiffre à un peu moins de 20 millions de dollars, malgré les investissements importants qui ont été faits au cours des dernières années, notamment la réfection complète du Centre Mario Tremblay.

Certes, Alma jouit d’une position privilégiée avec la présence de citoyens corporatifs de premier plan et grâce à son propre réseau de distribution hydroélectrique. Mais elle aurait pu dilapider ses ressources ; les élus auraient pu jouer au poker avec l’argent des contribuables ou s’offrir des éléphants blancs sur un simple coup de tête. Ils auraient également pu adopter des mesures populistes et électoralistes, comme geler systématiquement les taxes de leurs concitoyens, année après année.

Rendons à César ce qui appartient à César : au fil du temps, les Almatois ont élu des représentants imperméables au chant des sirènes et aujourd’hui, leur situation financière collective est enviable.

À Saguenay, un vent de changement souffle sur l’hôtel de ville depuis l’arrivée au pouvoir de Josée Néron et de conseillers plus influents qu’autrefois. Avec l’arrivée potentielle de grands projets industriels à Grande-Anse et les revenus supplémentaires que ceux-ci sont susceptibles d’engendrer, les élus saguenéens auront peut-être, eux aussi, la chance de s’acquitter des déviances du passé en adoptant une politique agressive de remboursement de la dette.

Encore faudra-t-il, par contre, que les citoyens de Saguenay, comme l’ont fait ceux d’Alma, acceptent d’être soumis à une gestion de bout de chandelle plus qu’un seul mandat.