L'expérience n'a pas de prix

ÉDITORIAL / Un débat électoral est l’occasion pour chaque candidat en lice de mettre en valeur les grandes lignes de son programme, certes, mais il est également une vitrine qui lui permet d’imposer sa personnalité, ses valeurs, ses habiletés de communicateur et son aptitude à diriger en toutes circonstances. Depuis 2001, les Saguenéens n’ont pas eu la chance d’assister à un tel exercice qui, s’il peut servir de tremplin pour certains, peut aussi miner dramatiquement une campagne. Mercredi, devant les membres de la Chambre de commerce et d’industrie Saguenay — Le Fjord, tous les prétendants à la succession de Jean Tremblay ont réussi à afficher leurs forces respectives. Mais, bien que chacun ait eu ses bons moments, l’expérience politique de Josée Néron et, dans une moindre mesure, celle de Jean-Pierre Blackburn, a permis à ces derniers de se distancer du peloton.

Élue au conseil pour la première fois en 2012, Josée Néron devait se dissocier de l’image d’une femme qui ne fait que s’opposer, critiquer, bloquer les projets, une perception nourrie ad nauseam par le maire Tremblay et l’équipe qui l’entourait. Elle devait se présenter telle une mairesse crédible, capable de présider une ville. Sur ce point, sa maîtrise des dossiers municipaux, acquise au cours des quatre dernières années, l’a servie de brillante façon. La chef de l’Équipe du renouveau démocratique a non seulement évité les pièges, mais elle a également su mettre en avant-plan sa force de caractère, pour avoir été l’une des rares figures à se tenir debout devant l’administration Tremblay, et ses compétences en matière entrepreneuriale, elle qui administre une entreprise depuis 34 ans.

Jean-Pierre Blackburn a lui aussi capitalisé sur son expérience politique. L’ancien ministre s’est adressé à ses interlocuteurs avec assurance, proposant un programme minutieusement élaboré. Il a réitéré ses grands engagements et a défendu la capacité de payer de Saguenay, suggérant même la mise en place d’un fonds de 30 millions sur quatre ans, essentiellement dédié aux conseillers municipaux pour les réalisations dans leur quartier. Or, l’abondance de ses promesses et le coût qui leur est associé continue de laisser perplexe, et donne l’impression d’une politique à l’ancienne, surtout lorsqu’il est question d’administration municipale où les grands projets sont conditionnels à la volonté des paliers de gouvernements supérieurs.

À l’opposé, Arthur Gobeil est demeuré fidèle à son discours : il faut d’abord savoir quelles sont les finances réelles de la Ville avant de se lancer aveuglément dans les dépenses. Le comptable a misé sur une stratégie réaliste et consciencieuse, possiblement la plus sage de toutes, mais qui malheureusement ne suscite pas l’enthousiasme de l’électorat. 

Quant au chef du Parti des citoyens de Saguenay, Dominic Gagnon, il serait faux de dire que sa performance a été décevante. Sa préparation était plus qu’adéquate, dans la mesure où il ne s’est lancé en politique qu’à la fin août. Toutefois, malgré un slogan axé sur « la nouvelle génération » et le changement, il demeure indissociable de l’héritage de Jean Tremblay. C’est d’ailleurs sur ce lien qu’il a été constamment questionné par ses rivaux. Jean Tremblay savait défendre son bilan en détournant l’attention avec une riposte cinglante, parfois vicieuse, souvent personnelle. Demander à une autre personne de faire de même, surtout lorsque celle-ci n’a jamais flirté avec le monde politique, est une mission titanesque, voire irréalisable. Comment Dominic Gagnon peut-il promettre la révision d’un régime qui l’appuie activement dans sa campagne et qui est ancré à l’hôtel de ville depuis deux décennies ? Jean-Pierre Blackburn n’a-t-il pas quitté le PCS parce que, justement, il s’y sentait pieds et mains liés ?

En somme, le débat de mercredi a permis à ceux qui y ont assisté de mieux connaître les candidats, au-delà de leur plateforme. Cependant, aussi intéressant soit-il, l’exercice n’aura certainement pas pour effet d’engendrer une vague, à moins d’un mois du vote.