L’excellente idée de Ferdeck

ÉDITORIAL / Dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre, les petites et moyennes entreprises doivent être de plus en plus imaginatives pour attirer, puis retenir leurs employés. Faute de pouvoir rivaliser avec la grande entreprise en matière de conditions salariales, celles-ci doivent souvent miser sur le sentiment d’appartenance et le bonheur au travail pour conserver leur équipe intacte et envisager l’avenir. Et parfois, parmi toutes les stratégies élaborées par l’une et l’autre des directions d’entreprises, certaines apparaissent telles de véritables idées de génie. C’est le cas notamment de l’entreprise Ferdeck de Saint-Prime, qui a offert à sa dizaine d’employés un party de bureau... à Cuba.

En entrevue avec Le Quotidien, le propriétaire Pascal Ouellet précise avec justesse que ce voyage aux frais de l’employeur n’est pas une dépense, mais plutôt un investissement. Et il a absolument raison. Quelques milliers de dollars, ce n’est pas cher payé pour que toute l’équipe se sente appréciée ; pour qu’elle sache que son supérieur est reconnaissant de leur contribution au succès de l’entreprise. Une telle aventure permettra par ailleurs aux gens de tisser des liens hors du cadre professionnel et d’aborder leurs tâches quotidiennes dans un contexte on ne peut plus décontracté. Et que dire du rayonnement pour Ferdeck, dont la direction n’a possiblement jamais prévu l’ampleur médiatique que susciterait cette histoire…

Mais avant tout, ce qui est intéressant de constater, c’est que de jeunes entrepreneurs comme Pascal Ouellet adaptent leur modèle de gestion en fonction des nouvelles réalités du monde des affaires. Car si autrefois le salaire et le nombre de semaines de vacances suffisaient pour s’assurer la loyauté du personnel, les employeurs doivent dorénavant composer avec une génération de travailleurs plus mobiles, plus enclins aux nouveaux défis, plus sélectifs. Et ce sont ces petites attentions qui font, bien souvent, toute la différence. « Quand je dis que c’est mon boss qui me paie un voyage dans le sud, plusieurs personnes me demandent s’il engage ces temps-ci », exprimait Maxime Hudon, l’un des employés de Ferdeck.

Le modèle de Google

Pascal Ouellet n’a pourtant rien inventé. Toutes proportions gardées, il a appliqué, possiblement sans même le savoir, le modèle de gestion des ressources humaines mis de l’avant par Google.

Selon la firme Great Place To Work, la multinationale américaine se classe au 2e rang des meilleurs employeurs sur la planète. Repas gratuits, système de navettes gratuites, environnement de travail futuriste, salles de sport ouvertes 24 heures par jour, salons de massage, salle de quilles, piscines, coiffeurs gratuits… Même la lessive est offerte par la maison. Google ne ménage aucun effort afin de satisfaire ses employés, leur offrant d’évoluer dans un environnement unique, sans horaire fixe. Mais n’allez pas croire que le pdg du géant technologique, Sundar Pichai, s’est levé un matin en se disant : « Mes employés sont si bons, si gentils et si loyaux que je vais leur donner tout ce qu’ils désirent... » Pour Google, tous ces avantages n’ont qu’un objectif : être la plus alléchante de toutes les options, dans une industrie qui se dispute les meilleurs au monde. Et ça fonctionne ! Selon Isarta, un site spécialisé dans le domaine de l’emploi, il serait 25 fois plus difficile d’entrer chez Google que d’être accepté à Harvard, tant les prospects de qualité sont nombreux à présenter leur candidature.

Nous ne sommes évidemment pas là dans le cas de Ferdeck, mais il y a fort à parier que si l’entreprise de Saint-Prime publie une offre d’emploi la semaine prochaine, plusieurs personnes seront tentées de postuler.

Tout ça pour une quinzaine de milliers de dollars, plus ou moins. Qui dit mieux comme investissement ?