Les précurseurs de l’aluminium vert

ÉDITORIAL / Le contrat liant les alumineries québécoises de Rio Tinto au café en capsules Nespresso (Nestlé) est non seulement une source de fierté qu’il y a lieu de souligner, mais aussi, et surtout, un pas immense dans la bonne direction. Ce pacte confirme une prise de conscience des multinationales, qui aspirent désormais à être en diapason avec les valeurs environnementales exprimées par les peuples, aux quatre coins de la planète.

Il ne faut pas être dupes. Ce n’est pas par vertu que ces deux géants ont embrassé la cause environnementale au cours des dernières années. La véritable influence qui motive ce type de démarche n’est attribuable qu’à une seule et unique variable : le consommateur. C’est dans ce contexte, où le marché est de plus en plus sensible aux pratiques responsables de la grande entreprise, que la division de café haut de gamme Nespresso a vu le jour, avec une série de politiques sociales dont des primes aux producteurs de grains spécialisés ainsi que de l’accompagnement aux communautés et aux petits agriculteurs locaux, autrefois exploités par les grandes compagnies. Un tel partenariat avec la division aluminium de Rio Tinto s’inscrivait donc dans une suite logique pour Nestlé. 

Or, ce qu’il faut retenir de tout ça, dans une perspective plus chauvine, c’est que l’aluminium vert n’a jamais été en aussi bonne position. 

Nous sommes arrivés au point où la stratégie qu’a épousée Rio Tinto pour sa production d’aluminium commence à porter ses fruits et pourrait s’avérer très payante à moyen terme, une prophétie qui a été maintes fois répétée au fil du temps. L’avantage hydroélectrique du Québec ne se calcule plus strictement en signe de dollars, mais aussi en fonction des occasions d’affaires qu’il procure. Le développement durable a dorénavant une valeur concrète, un phénomène qui est vraisemblablement en expansion dans le monde.

Des clients prêts à payer

Certes, Rio Tinto n’est pas parfaite et il faudra bien plus que cette entente avec Nestlé pour convaincre les actionnaires de considérer leur rôle social avec le même enthousiasme que les profits et dividendes. Nous sommes encore loin d’une réforme draconienne du capitalisme comme celle que suggéraient les économistes Michael E. Porter et Mark R. Kramer dans leur essai intitulé Creating shared value, publié en 2011 dans le Harvard Business Review. Néanmoins, les concepts mis de l’avant par Porter et Kramer semblent aujourd’hui beaucoup plus tangibles dans l’administration des grandes sociétés, dont la mission ne peut plus s’orienter simplement autour du différentiel entre les revenus et les dépenses. Aujourd’hui, le consommateur est disposé à payer plus pour des produits écoresponsables. Il est également plus enclin à bouder les produits fabriqués à partir d’énergies non renouvelables. Et s’il est une chose qui semble inévitable, c’est qu’aucune industrie n’échappera à ce changement de culture majeur. 

Le Saguenay-Lac-Saint-Jean est dans une position de choix pour être partie prenante de ce courant planétaire. On l’oublie, mais il n’y a pas que les capsules Nespresso qui sont associées aux alumineries de la région. Entre autres clients prestigieux qui ont choisi de réduire leur empreinte environnementale en optant pour l’aluminium vert, Rio Tinto peut se targuer d’avoir convaincu les Ford, Audi, BMW, Jaguar et Apple. 

Comme dans toute grande révolution, ces clients de renom sont des précurseurs dans leur créneau respectif, des défricheurs qui, en prêchant par l’exemple, entraînent leurs pairs à emboîter le pas. Pour eux, l’aluminium vert est un argument de vente distinct et un avantage concurrentiel manifeste. Et cet avantage est encore plus significatif pour Nespresso, qui est la première à adhérer à la certification Aluminium Stewardship Initiative (ASI), qui « établit des normes pour promouvoir la protection de la biodiversité, le respect des droits des peuples autochtones, la gestion de l’eau et les faibles émissions de carbone lors de la production d’aluminium ».

Au Royaume de l’aluminium vert, il y a de quoi lever son verre… ou plutôt sa tasse de café, non ?