Un an après le drame qui a secoué Lac-Mégantic, un tel événement peut-il encore se produire? Les autorités canadiennes et québécoises, les différents services d'urgence, les responsables des municipalités où serpentent des chemins de fer sont-ils prêts à faire face à une nouvelle catastrophe de cette envergure?

Les leçons de Lac-Mégantic

Un an après le drame qui a secoué Lac-Mégantic, un tel événement peut-il encore se produire? Les autorités canadiennes et québécoises, les différents services d'urgence, les responsables des municipalités où serpentent des chemins de fer sont-ils prêts à faire face à une nouvelle catastrophe de cette envergure? Les lois sont-elles vraiment mieux adaptées, les législations et les normes en vigueur suffisamment sévères? Les compagnies ferroviaires québécoises et canadiennes, celles basées aux États-Unis et dont les équipements empruntent les réseaux d'ici ont-elles efficacement modifié leurs procédures, leurs habitudes en matière d'entretien et de prévention?
Sécurité Ces questions sont dures. Mais les réponses à ces interrogations sont essentielles pour assurer la sécurité du public et la quiétude des citoyens qui résident à proximité des milliers de kilomètres de voie ferrée qui jalonnent le Québec et les tronçons qui traversent le territoire du Saguenay-Lac-Saint-Jean.
Dans la foulée de la catastrophe qui a frappé la petite communauté de Lac-Mégantic, toute l'attention du public et des milieux politiques s'est portée, avec raison, sur le drame. Il a fallu agir rapidement et efficacement pour préserver un maximum de vies humaines, un maximum de bâtiments. Il a fallu agir rapidement et efficacement pour accompagner les victimes et leurs proches durant la crise même, puis dans les jours et les semaines suivantes. Une fois les flammes éteintes, il a fallu lancer une enquête d'une énorme envergure, décontaminer, démolir, excaver; puis penser à reconstruire, à jeter les bases d'une forme de retour à la normale.
Un an plus tard, la communauté méganticoise est encore en train d'envisager son avenir commercial, industriel et résidentiel...
Toute ces étapes ont dû être suivies et affrontées sans guide. Sans mode d'emploi. Sans précédent. Un tel événement était imprévisible, pratiquement impossible à envisager...
Ailleurs au Québec, dans les jours qui ont suivi le drame, les gestionnaires des principales compagnies ferroviaire et les responsables des services d'urgence se sont retroussés les manches. Partout, les protocoles d'urgence ont été revus. Dans les jours et les semaines qui ont suivi le drame, tous se sont assurés d'être prêts au pire. D'avoir de bons plans.
Au sein des compagnies de chemin de fer, sans doute, on a émis des tonnes de directives. On a refait des réunions d'équipe. On a revu les protocoles. On s'est assuré que tous les travailleurs faisaient de la sécurité et de la prévention des vertus cardinales, que les équipements étaient en bon état.
Partout, dans la foulée du drame de Lac-Mégantic, on a tiré des leçons. On a agi en conséquence. Les gouvernements ont fait leur part, décrétant ou annonçant de nouvelles lois et de nouvelles normes.
Mais maintenant, un an plus tard, alors que l'on vient de commémorer la tragédie, où en sont ces plans? Où en est la vigilance des gestionnaires des compagnies ferroviaires? Où en sont les inspections des équipements roulants?
Le temps qui passe, la routine, constituent des pièges. Des zones de confort s'installent. La vigilance diminue. Jusqu'à ce que survienne un autre drame...
Au fur et à mesure que la vie va reprendre son rythme normal à Lac-Mégantic, la question de la sécurité ferroviaire deviendra de moins en moins importante au sein du public. Il faut éviter cette situation. La vigilance doit demeurer la même. N'attendons pas un autre drame pour nous rappeler à l'ordre en cette matière.
Cette leçon s'applique dans la foulée de toutes les crises, de toutes les catastrophes, de toutes les situations imprévues. Immédiatement après de tels événements, les autorités concernées font le point, dressent des plans. On renforce des lois au besoin. Puis, la vie reprend son cours.
Les automobilistes de Saguenay se rappellent-ils que le pont Dubuc, il y a à peine six mois, était totalement interdit à la circulation pendant une dizaine de jours ? Saguenay et Québec ont alors bien géré la situation. Mais depuis, a-t-on amélioré les procédures à suivre? Sommes-nous prêts à revivre une telle expérience?
On ne peut certes pas prévoir les accidents, mais on peut certes être prêt à réagir en cas d'imprévu. Et surtout, il faut savoir éviter que le même drame ne survienne deux fois...