Les devoirs de l’électeur

ÉDITORIAL / Être électeur est un privilège auquel se rattachent des responsabilités. Entre autres petits efforts, celui de s’informer convenablement est sans doute l’un des plus importants. S’informer et se faire une tête à soi, afin d’éviter d’être réduit à l’état d’automate qui coche un bulletin en fonction d’une couleur, de ragots ou de fausses perceptions. Être électeur, c’est avoir le droit d’exprimer ses idées et ses valeurs librement, en toute connaissance de cause.

La campagne électorale fédérale s’est officiellement amorcée mercredi. Les pancartes sont apparues le long de nos boulevards, à nos intersections ; des publicités ciblées ont commencé à inonder nos pages Facebook. Et cette fois-ci, les Canadiens sont conviés à un sprint de 40 jours, qui ne sera pas moins intéressant à suivre qu’une campagne-fleuve comme celle de 2015 : les mêmes grands thèmes, les mêmes plateformes, le même contenu, mais offerts en doses concentrées.

Pour plusieurs, le choix est déjà fait en raison d’une allégeance ou de l’appartenance à un parti. D’autres attendent les débats nationaux ou les sondages avant d’arrêter leur décision. Une autre portion de l’électorat compte se rallier à un candidat local, selon sa performance lors de la campagne, sans égard à la formation politique qu’il représente. Mais, quelle que soit la façon d’aborder une campagne, il est toujours sage de prendre le temps de confronter nos certitudes avec des faits véridiques.

Et pour ce faire, les médias traditionnels demeurent la source la plus crédible et la plus objective pour accompagner l’électeur dans sa réflexion. Vous me voyez venir ?

Avec l’ère des médias sociaux est apparue la prolifération d’articles propagandistes. Encore cette fois-ci, le Web sera infesté de ces fausses nouvelles, commanditées par on-ne-sait-qui, qui tenteront d’influencer le vote avec des titres tel que « Trudeau croit que l’excision du clitoris n’est pas une pratique culturelle barbare ». Ne serait-ce que par respect pour chaque candidat, il est toujours de mise de vérifier la véracité de telles insinuations avant de les partager, même si la propagande s’inscrit en mille dans nos convictions. Un mensonge reste un mensonge ; un torchon reste un torchon.

D’un océan à l’autre

Par ailleurs, il y a fort à parier que cette campagne électorale sera la plus difficile à gérer de tous les temps pour les partis politiques. Un peu comme la théorie du battement d’aile d’un papillon, la moindre déclaration d’un candidat à Vancouver est susceptible, en moins d’une heure, de faire dérailler la stratégie locale d’un candidat à l’autre extrémité du pays. Avortement, environnement, industrie du pétrole… Nous pourrions énumérer les sujets jusqu’à demain et nous n’aurions pas encore identifié l’ensemble des points de rupture potentiels tellement ils sont nombreux. Autrement dit, chacune des personnes qui a eu le courage de mettre son visage sur une pancarte pourrait voir son travail anéanti en un instant, par une seule phrase prononcée à des milliers de kilomètres de sa circonscription. Ç’a toujours été comme ça, direz-vous, mais ça se produira de plus en plus dans le monde actuel, surtout dans le cadre d’une campagne aussi serrée que celle qui se profile à l’horizon.

C’est pourquoi, au-delà des lignes partisanes et des grands enjeux nationaux, il serait avisé de s’intéresser également aux candidats locaux en tant que personnes. Car, ce sont eux qui, demain, siégeront à la Chambre des communes en notre nom et qui défendront nos intérêts. Leur façon de réagir dans la tourmente et l’habileté avec laquelle ils feront face à la musique, dans l’immédiat et avec les contraintes liées à une campagne fédérale, en dira long sur leur aptitude à s’imposer devant leurs pairs.

Parce que si voter est un privilège, parler au nom de toute une population en est un encore plus grand.

Donc, à vos devoirs citoyens. Informez-vous, discutez, participez à un débat respectueux et intelligent, et surtout, accordez-vous le droit de revoir vos certitudes d’ici le 21 octobre.