Les conseillers doivent reculer

ÉDITORIAL / Le conseil municipal de Saguenay aura beau faire toutes les représentations possibles et imaginables, jamais les élus ne réussiront à faire avaler la hausse de salaire qu’ils se sont octroyée en octobre dernier. Les citoyens ne veulent pas connaître les raisons de cette décision ; ils ne veulent pas entendre le plaidoyer des conseillers. Le jugement est prononcé et il est sans appel : coupables ! Coupables parce qu’ils se sont accordé des salaires généreux alors que le compte de taxes des contribuables a été majoré de 8 % en l’espace de deux ans.

Josée Néron et ses conseillers ont tellement mis l’accent sur « les déviances » du passé et sur les problèmes financiers de la Ville, qu’ils n’ont plus aucune marge de manœuvre. Dans les circonstances, ils devaient prêcher par l’exemple.

C’est dommage parce que, quoi que prétendent les détracteurs, le travail d’un conseiller municipal à Saguenay est une tâche à plein temps ; une tâche qui, par surcroît, est scrupuleusement analysée par la population et commentée sur toutes les tribunes. C’est dommage aussi parce qu’à une époque où les électeurs réclament davantage de jeunes, plus de femmes, plus de personnes compétentes et diplômées pour les représenter, un salaire conséquent s’impose. Mais bon, tel que mentionné précédemment, les gens n’achètent aucun de ces arguments. Ils l’ont démontré lors de récentes assemblées citoyennes à Laterrière, à Shipshaw et à Lac-Kénogami, où l’augmentation du salaire des élus municipaux a encore occupé l’essentiel des débats. C’est que la majorité ne considère pas le poste de conseiller tel un travail de salarié, mais plutôt comme une fonction, un privilège.

Le constat ainsi fait, que doivent faire les élus pour mettre fin à la crise ? Maintenir la ligne dure en espérant que la grogne s’estompe naturellement ; que la population passe à autre chose ? Soyons réalistes, un tel dénouement est peu probable. Il y aura toujours quelqu’un pour nourrir les braises.

L’autre option qui s’offre aux élus — la seule envisageable — serait de faire amende honorable et de revenir sur leur décision. Pourraient-ils, par exemple, délaisser une partie des quelque 21 000 $ qu’ils se sont alloués en augmentation ? Sans doute auraient-ils dû, dès le départ, se limiter strictement à un ajustement en fonction des nouvelles règles fiscales, assorti d’une augmentation graduelle, échelonnée sur quelques années. La pilule aurait mieux passé.

Nous verrons rapidement quel chemin empruntera le conseil de ville, mais une chose est certaine : le statu quo sera insoutenable d’ici le prochain scrutin, prévu à l’automne 2021.

Gare à l’austérité mur à mur

Parallèlement à cela, malgré les difficultés financières, il ne faudrait pas que Saguenay épouse l’austérité tous azimuts au point de devenir morose. La capitale régionale, locomotive économique et culturelle du Saguenay-Lac-Saint-Jean, doit au contraire être muée par le dynamisme si elle souhaite se démarquer des autres grandes villes du Québec. Elle doit mettre en valeur ce qui la fait rayonner au-delà de la Réserve faunique des Laurentides : ses atouts géographiques, ses institutions, sa qualité de vie et ses événements majeurs.

Ce n’est certainement pas en amputant de 65 000 $ le budget d’un rendez-vous tel que le Festival international des rythmes du monde que Saguenay améliorera sa position sur l’échiquier. Tous comprennent qu’en s’attaquant au principal événement sur son territoire, la Ville se donne les coudées franches pour agir de même avec toutes les autres organisations subventionnées. Par contre, il est parfois nécessaire de faire la part des choses, au risque d’être taxé de favoritisme. Quel entraîneur de hockey irait réduire le temps de glace de son meilleur joueur par souci d’équité envers le reste de son équipe ? À la Ville comme au hockey, il y a des intouchables qu’il faut non seulement protéger, mais surtout encourager. Le principe s’applique également à l’accueil des croisiéristes internationaux, un créneau dans lequel Saguenay a su se distinguer de tous et qui doit être protégé jalousement.