Un homme se recueille devant les fleurs déposées pour les victimes de l'attentat de la mosquée de Sainte-Foy.

Les complices du 100e quidam

ÉDITORIAL / Ce ne sont ni les chrétiens ni les musulmans qui ont semé l'horreur dans une mosquée de Québec, dimanche soir. C'est le 100e quidam, celui qui se fond dans la foule, qui est plus fragile psychologiquement que les 99 autres du groupe ; celui qui a succombé à la propagande haineuse qui sévit sur les réseaux sociaux.
Il n'y a plus lieu de prendre à la légère ces groupes marginaux qui infectent Facebook en prônant la peur de l'étranger ; ces tribunes qui se multiplient et qui permettent aux esprits les plus obtus de verbaliser impunément la colère qui les habite.
Lundi, certains administrateurs de ces pages se lavaient les mains en dénonçant la tragédie, poussant l'indécence jusqu'à offrir leurs condoléances aux familles des victimes. Une fois leurs larmes de crocodile épongées, ces Ponce Pilate auront tôt fait de reprendre leur croisade et d'accueillir à bras ouverts les plus radicaux de notre collectivité. Les plus ignorants, incapables d'introspection, allergiques à une réflexion autre que celle qu'ils préconisent, seront eux aussi recrutés sans référence dans les rangs de cette milice idéologique.
Galvaudant la liberté d'expression, les administrateurs et participants de ces forums sont ni plus ni moins les complices de ceux qui passent de la parole aux actes. Leurs messages souvent irresponsables et dénudés de sens, non filtrés, sont des catalyseurs susceptibles d'influencer le 100e quidam qui peine à faire la distinction entre le bien et le mal. N'ont-ils pas appris du passé ? Ne voient-ils pas que leurs propos polémistes vont à contresens d'une société axée sur le multiculturalisme et l'inclusion ?
Le 100e quidam, lui, ne cherche pas à connaître les raisons pour lesquelles un groupe a été constitué. Il y adhère, s'y sécurise, il y développe une appartenance, y découvre l'estime de soi et enfin, s'il est satisfait au terme de ces quatre premières étapes, tente d'y affirmer son leadership. Ces cinq stades composent la hiérarchie des besoins de Maslow et se transposent parfaitement au phénomène des réseaux sociaux. Bien sûr, les administrateurs des groupes anti-islamiques sur le Web n'invitent pas leurs ouailles à commettre des actes de violence, et encore moins des fusillades comme celle qui est survenue à Québec. Ils favorisent néanmoins, par leur action, l'émergence de cellules plus radicales, menées par des personnes instables.
Inoffensive, La Meute ?
L'un des terreaux propices à l'éclosion de ces factions se nomme La Meute. Le groupe a fait l'objet de plusieurs reportages, au cours des dernières années, et également dans les heures qui ont suivi l'attentat terroriste de dimanche. Sa devise se décline ainsi : le combat face aux djihadistes ne sera pas gagné par les plus forts ni par les plus rapides, mais par ceux qui n'abandonneront pas. Près de 43 000 internautes sont abonnés à la page Facebook de l'organisation.
Il y a fort à parier que la vaste majorité des membres de La Meute ont adhéré à celle-ci par curiosité ou, comme c'est le cas pour certains journalistes, dont l'auteur de ces lignes, pour en savoir davantage sur le groupe. D'autres par contre ont adopté le mouvement sans réserve, jusqu'à afficher ouvertement leur appartenance en substituant leur photo de profil par une image de loup, totem de La Meute. Leur allégeance n'en fait pas des criminels ni des extrémistes, mais elle confirme leurs craintes face à « l'envahisseur islamique ».
Pour plus de 99 % de la population, ce type d'endossement se résume par une méconnaissance de l'immigration et de son apport positif à l'épanouissement d'un peuple. Par contre, il y aura toujours le 100e quidam, qui vacille entre le monde réel et la frénésie meurtrière. Pour celui-là, La Meute est un refuge et ses membres une source d'inspiration ; la tanière idéale pour un loup solitaire.