Les chantiers d’une mairesse

ÉDITORIAL / Les luttes qu’elle a menées contre l’intraitable Jean Tremblay, le climat de haute tension dans lequel elle a œuvré et les coups en bas de la ceinture qu’elle a encaissés ont procuré à Josée Néron un capital de sympathie qui s’amenuise à vue d’œil.

Après un an, il y a des espoirs brisés avec lesquels Josée Néron devra conjuguer et revoir à tout prix sa stratégie, du moins sa façon de communiquer avec les citoyens, d’une part, et de travailler avec l’ensemble des conseillers, d’autre part. Au bénéfice des citoyens, point à la ligne !

Voilà deux chantiers, certes, les plus importants parmi les importants, auxquels doit s’attaquer Mme Néron. Ça jase de plus en plus dans les chaumières, si elle veut savoir. Et avec trois ans à faire, dans le même état d’esprit, elle risque de rencontrer des écueils et faire naufrage. Un naufrage qui diminuerait son influence et qui ferait ombrage à ses meilleures intentions.

Donc, d’abord, Josée Néron doit mieux déployer son cabinet et l’utiliser plus savamment pour que l’ensemble du conseil reprenne confiance et sente que le pouvoir est partagé équitablement. Pourtant, c’est clair : le pouvoir est à tout le monde dans ce conseil. Le parti de Mme Néron est minoritaire, avec quatre élus en l’incluant, donc, inopérant en termes de poids politique.

D’ailleurs, le brandir constitue un danger et ne peut que servir à mobiliser le reste des conseillers contre elle. Il ne devrait donc pas exister d’enjeu à ce chapitre. Son cabinet est légitimé et justifié, mais il ne doit pas servir à isoler la mairesse et à exercer en vase clos le pouvoir.

Toute sa loyauté envers les gens qui lui ont été fidèles et qui lui ont permis de se hisser là où elle est ne doit pas faire en sorte d’affaiblir sa position de mairesse. Et la rigidité qui l’a si bien servie doit faire place à de nouvelles stratégies. Elle qui avait fait sien le concept de participation citoyenne dans l’opposition doit maintenant cibler davantage une volonté de participation collégiale (entre élus d’abord).

Le pouvoir, en fait, qu’en est-il ? La réponse est plus facile à trouver que dans le jeu Clue. Ce sont les forces « contre » qui pèsent beaucoup après un an, parce que la nature a horreur du vide. C’est un secret de Polichinelle que les six conseillers jonquiérois se sont solidarisés dans la méfiance. Pour le moment, ils sont dans le « on attend et on va voir », ce qui n’est pas propice à une pensée panmunicipale.

Les trois conseillers de La Baie ont des attentes, les élus de Jonquière ont mis leur pied à terre en clamant, pas forcément avec raison, que leur secteur souffre depuis la fusion sans étayer leur affirmation et, à Chicoutimi, rien de nouveau, aucun conseiller ne porte publiquement les intérêts du plus populeux arrondissement.

Et il devrait y avoir une ville au-dessus de tous ces intérêts. Parce que c’est bien de ça qu’il s’agit. Il y va de leur mission de gérer dans l’intérêt du plus grand nombre, avec pérennité, sagesse et responsabilité.

N’en déplaise aux esprits économes, Saguenay ne peut se réduire à compter ses sous. Certes, les finances publiques sont préoccupantes, mais c’est dans ces occasions que l’intelligence, l’audace, l’originalité et la solidarité deviennent salvatrices. La politique du « bout de trottoir » satisfait les rivalités et donne l’impression de défendre son territoire, mais s’avère résolument plus populiste que constructive.

Le succès (ou l’échec) passe par une adhésion à un grand projet collectif orienté vers l’avenir. Avec quelle idée, quel projet ou mieux, avec quel esprit, Mme Néron va-t-elle rassembler le conseil pour faire en sorte que les Saguenéens sentent qu’il y a un gouvernail sous le navire ?

Son défi ne se trouve pas dans du béton, bien au contraire. Oui, la mairesse, à titre de cheffe de l’administration municipale, est ciblée par les critiques, mais tous les élus ont un devoir à accomplir et ils ont aussi la responsabilité de répondre aux attentes des citoyens.