Philippe Couillard

Les adieux d’un chef d’État

ÉDITORIAL / Sans surprise, Philippe Couillard cèdera ce matin son siège de chef du Parti libéral et abdiquera ses fonctions de député de Roberval. Il se retire une seconde fois de la politique, après avoir goûté à la fonction de premier ministre du Québec. Et pour avoir savouré l’ivresse du pouvoir, il aura payé le prix d’un courroux populaire qui résonne encore partout sur la Toile. Pourquoi ?

Lorsqu’il a été assermenté, Philippe Couillard a hérité non seulement d’une province mal en point sur le plan économique, il a aussi dû porter sur ses épaules les trop longs mandats de Jean Charest, la perception négative d’un parti usé et les couleurs d’un fanion en lambeaux.

Paradoxalement, l’ex-premier ministre a choisi de redresser le Québec plutôt que de gouverner à tout prix pour sa réélection. Et aujourd’hui, alors que le rideau tombe sur son parcours politique, la nation québécoise se présente dans une position enviable sur le plan économique et dispose des marges nécessaires pour mieux se redéfinir en matière d’éducation, de santé et de services sociaux.

Ironiquement, c’est celui qui l’a chassé de son trône qui avait prédit le destin de Philippe Couillard, en 2012. François Legault m’avait dit, à l’époque : « (Le prochain premier ministre) devra faire un virage courageux au Québec, sans se soucier des sondages et des groupes de pression. Il faut presque s’installer dans un bunker et faire ce qu’il faut pour assurer la pérennité de nos programmes sociaux, pour ne pas être la seule génération à laisser moins à nos enfants que ce qu’on a reçu de nos parents. Il faut quelqu’un qui va accepter de n’être là, peut-être, que pour un mandat. »

Philippe Couillard a fait ce « virage courageux », et la prophétie s’est concrétisée. Un seul mandat, pour le bien de tous les Québécois et Québécoises.

Or, c’est aussi ça la politique. Pour le bien commun, donner en pâture son visage et son nom, en acceptant qu’ils se retrouvent partout sur les réseaux sociaux, accablés impunément de qualificatifs odieux, aux limites de l’acceptable.

François Legault s’abreuvera lui aussi de cette eau, mais il aura les moyens de calmer stratégiquement la critique lorsque cela sera nécessaire. Et ça, il le doit à Philippe Couillard.

Certes, Philippe Couillard n’a pas été parfait ; personne ne l’a été avant lui. Mais il laisse derrière lui une œuvre inachevée, et il aurait été intéressant de connaître la suite de son projet. Il serait dommage que l’Histoire ne retienne de lui que le nom d’un premier ministre de transition, qui a mis la hache dans le système de la santé et des services sociaux. Ce qu’il a fait, François Legault l’aurait fait lui aussi s’il avait été conséquent de ses paroles en 2012 : le premier ministre d’un seul mandat, pour le bien de la prochaine génération.

Maintenant, la circonscription de Roberval devra se nommer un nouveau député, dans un contexte bien différent de celui qui a mené à l’élection du 1er octobre. Les électeurs jeannois auront sans doute en mémoire les accomplissements de Philippe Couillard, qui a agi sans complexe en faveur des siens pendant ses quatre années au pouvoir. Ils seront vraisemblablement courtisés par la Coalition avenir Québec avec une vigueur que nul n’a ressentie au cours des quelque 40 derniers jours. Le prochain candidat caquiste ne sera pas une personne parachutée, au contraire, mais une personnalité connue du milieu et avide de le représenter au sein du gouvernement. Et l’attrait du pouvoir éclipsera fort possiblement les réalisations de Philippe Couillard et de son équipe locale.

Mais à terme, il est à espérer que l’on se souviendra de l’ex-premier ministre tel un chef d’État qui a agi pour le bien commun plutôt que pour ses propres intérêts.