Les 50 chandelles d'ATM

ÉDITORIAL / Ce soir, quelque 600 anciens étudiants de partout au Québec se réunissent à Jonquière pour célébrer les 50 ans du programme d’Art et technologie des médias. Ces noces d’or témoignent d’une formation qui s’est constamment renouvelée selon les époques et les changements qui ont bouleversé l’information. Des générations de journalistes ont usé leurs premières mines ici, à raconter le Saguenay-Lac-Saint-Jean sous tous ses angles, uniquement parce que le Cégep de Jonquière était pour eux un passage obligé.

Maintes fois menacée ou remise en question, l’exclusivité d’ATM a permis non seulement à des centaines de jeunes adultes de découvrir un coin de pays qui leur était inconnu, mais elle a aussi contribué à l’émergence d’une importante activité médiatique dans la région. Encore aujourd’hui, malgré les difficultés qui frappent l’industrie à l’échelle planétaire, le nombre de plateformes et de professionnels de l’information est impressionnant au Saguenay-Lac-Saint-Jean, toutes proportions gardées.

La victoire de Gauthier

Il y aurait lieu de s’inspirer davantage de programmes tels que celui d’Art et technologie des médias, qui transcendent au-delà des établissements et marquent leur communauté de façon indélébile. 

En 2003, les cégeps du Vieux-Montréal et de Limoilou sont passés bien près de créer une brèche et d’offrir des cours dispensés en ATM, notamment en production vidéo et en postproduction. La députée de l’époque, la libérale Françoise Gauthier, avait alors interpellé publiquement son confrère péquiste Sylvain Simard, ministre de l’Éducation, afin qu’il colmate cette brèche potentielle. 

« On sait que plusieurs de ces étudiants ne viendraient jamais dans la région s’il n’y avait pas une exclusivité, avait-elle déclaré. Quand ils retournent travailler dans les grands centres, ils savent au moins ce qu’est le Saguenay-Lac-Saint-Jean et ils ont le goût de découvrir d’autres régions. »

Un mois plus tard, les libéraux prenaient le pouvoir sous Jean Charest et Françoise Gauthier, nommée ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, usait de son influence pour garantir l’exclusivité du programme, pavant ainsi la voie à des investissements de 27 millions de dollars au Cégep de Jonquière.

Retour aux sources

Aujourd’hui plus que jamais, les étudiants disposent d’équipements et d’infrastructures dignes des plus grandes salles de nouvelles. Les jeunes finissants qui, année après année, se succèdent ici au journal pour leur stage, possèdent les compétences requises pour amorcer une carrière de journaliste à l’ère du numérique et de l’instantané. Sans doute le constat est-il le même dans les autres salles de presse du Québec. 

Mais au-delà du volet académique et des instruments qu’ils ont apprivoisés au cours de leurs trois années passées à Jonquière, la plupart de ces jeunes journalistes ont appris à voler de leurs propres ailes en quittant le nid familial. Conserver des programmes exclusifs en région, c’est encourager l’autonomie et nourrir la maturité. 

Ce soir, les anciens se souviendront avec nostalgie leur séjour collégial ; le point de départ de leur parcours professionnel et leur entrée dans le monde adulte. Certains ont appris sur la dactylo, d’autres ont connu les balbutiements de l’Internet, l’évolution des communications ou l’avènement des appareils mobiles. 

Certains ont porté les couleurs des Éponges, d’autres ont encore en mémoire le goût de la poutine de Chez Pauline ou l’écho du professeur Luigi Napoli : « Mesdames, messieurs, vous êtes la crème des étudiants ». 

Chacun a ses propres anecdotes, mais un tronc commun les unit : tous ont écrit une page d’histoire du programme d’Art et technologie des médias.