Les « déviances » du passé

ÉDITORIAL / Les contribuables Saguenéens essuient une nouvelle hausse de taxes, de 3,9 % cette fois-ci. Or, qu’ils se le tiennent pour dit : à moins d’un bouleversement majeur de la situation économique dans la capitale régionale, ils devront se faire à l’idée de passer à la caisse pour encore quelques années.

Parce que, comme le répètent la mairesse Josée Néron et le président de la commission des finances, le conseiller Michel Potvin, il y a eu « déviance » pendant trop d’années dans la gestion des fonds publics. Quand on paye les opérations courantes grâce à des règlements d’emprunt, vient un temps où il faut rembourser la banque. En d’autres termes, la gueule de bois se poursuit.

Le constat ainsi fait, il serait possible de ressasser inlassablement le passé, de juger les coupables, de regretter à n’en plus finir les choix électoraux qui ont été faits. Il serait aussi possible de rappeler que dès l’an 1 de la fusion, l’ancien maire de Jonquière, Daniel Giguère, mettait en garde les citoyens contre Jean Tremblay et ses promesses de gel de taxes. Un tel exercice permettrait sans doute d‘évacuer la colère qui règne dans le Royaume présentement, mais n’aurait aucun effet sur le bourbier dans lequel les Saguenéens sont empêtrés. Ce qui est fait est fait.

L’heure n’est plus à s’apitoyer sur notre sort, mais plutôt à agir en fonction de l’avenir. Aussi, la question sur laquelle doivent dorénavant se pencher les élus est celle-ci : que doit-on faire pour remettre de l’ordre dans les finances publiques sans hypothéquer davantage les payeurs de taxes ?

Au cours des douze prochains mois, la mairesse Néron explique qu’il faudra réduire les dépenses de quelque 6 millions, faute de quoi les contribuables devront une fois de plus être sollicités. Pour mettre les choses en perspective, la hausse de la taxe résidentielle de 3,9 % adoptée mercredi engendrera des revenus de 5,7 millions.

Certes, il reste encore quelques livres de gras à couper dans l’appareil municipal. Une trentaine d’interventions sont prévues en ce sens en 2019, notamment aux travaux publics, nous dit Michel Potvin. Mais il est difficile de croire qu’après la révision des budgets comme celles qui ont été appliquées chez Promotion Saguenay et à la Zone portuaire, l’administration municipale puisse encore diminuer ses charges de façon significative. Le gros du travail a été fait, pour reprendre l’expression consacrée.

Il reste donc une solution, la seule véritable solution pour se sortir du marasme : attirer ici des nouveaux citoyens corporatifs.

Au Québec, Saguenay fait piètre figure en matière de développement économique et démographique. Le PIB nominal demeure en deçà de la moyenne provinciale, malgré la présence de grandes entreprises telles Rio Tinto et Produits forestiers Résolu.

Aujourd’hui, tous les efforts nécessaires doivent être déployés pour convaincre des entreprises, toutes tailles confondues, à s’établir ici. L’éventuelle usine de liquéfaction du gaz naturel (GNL) au port de Grande-Anse et les projets miniers de Métaux BlackRock et d’Arianne Phosphate ne doivent avorter sous aucune considération. Les incubateurs tels celui du numérique à Chicoutimi et celui du multisectoriel à Jonquière doivent être appuyés sans relâche. Les PME génératrices d’emplois doivent se sentir accueillies à bras ouverts à Saguenay, plus que partout ailleurs au Québec. Elle est là, la planche de salut qui permettra aux citoyens de s’acquitter, sans trop de douleurs, de leurs années de fausse abondance.

Et ne comptez pas sur la mairesse Néron pour faire marche arrière et épouser les stratagèmes populistes d’autrefois : « Avant de faire les choses comme avant, il faudra d’abord me passer sur le corps. » Pas trop électoraliste comme affirmation, mais ça a au moins le mérite d’être clair.

Aussi, à défaut d’attirer de nouveaux investisseurs, les citoyens de Saguenay devront se résigner à payer encore longtemps pour corriger les « déviances » du passé.