Denis Bouchard lors de son discours à la soirée de soutien au Quotidien, à l'Appartement de Chicoutimi, jeudi soir.

L’érosion du socle régional

ÉDITORIAL / Texte tiré de l’allocution de Denis Bouchard, directeur général, rédacteur en chef et adjoint à l’éditeur, prononcée jeudi à l’occasion de la soirée de soutien au journal Le Quotidien/Le Progrès, organisée par le chapitre régional de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ). Quelque 200 personnes, journalistes de la majorité des médias de la région, décideurs, femmes et hommes politiques et lecteurs, sont venues dire que l’information locale et un quotidien local rendent une région plus dynamique, plus libre et plus unifiée.

Ce soir, je vois des visages qui nous critiquent souvent, mais n’est-ce pas le propre d’un bon ami de lui exprimer sa façon de penser ? Nous venons de recevoir une lettre (publiée dans l’édition de vendredi) en guise d’appui du Syndicat des travailleuses et des travailleurs de l’aluminium d’Alma. Un soutien total en dépit d’un désaccord avec la politique éditoriale de nos journaux. S’il y a un mot pour cette position, c’est démocratie.

Plusieurs de nos chroniqueurs expriment des points de vue différents et encouragent des remises en question.

Notre rubrique Carrefour des lecteurs permet aussi de couvrir un large spectre d’opinions, surtout en cette période de grands projets industriels, qui ont des impacts sur l’environnement, notamment sur le fjord du Saguenay.

Évidemment, une manifestation comme celle-ci (activité de soutien au Quotidien), à laquelle participent plusieurs médias, démontre à quel point l’information régionale va bien au-delà de la concurrence.

Les médias, tous genres confondus, contribuent à la vitalité d’une région. Aujourd’hui, c’est la presse écrite qui est menacée.

En d’autres occasions, ce sont la radio et la télévision d’ici qui doivent se battre pour maintenir le contenu régional.

Nous apprécions, nous les artisans de la presse écrite, votre soutien, que l’on peut appeler une vague d’amour.

Permettez-moi la métaphore suivante : les vagues de surface sont apparentes. Mais il y a aussi celles qui sont sous-marines, que l’on ne voit pas, mais qui peuvent faire plus de dommages, plus d’érosion à nos acquis comme région, que les vagues de surface.

Le déménagement des pouvoirs décisionnels privés et publics vers les grands centres, non seulement du Québec, mais aussi vers les grandes capitales mondiales, l’abolition de la Conférence régionale des élus (CRÉ), qui était un lieu de cohésion extraordinaire pour nos décideurs et les centralisations échafaudées afin de réaliser des économies d’échelle, érodent le socle sur lequel nous tentons de maintenir notre région.

Et bientôt, est-ce que la presse écrite deviendra un ressac qui emportera des petits bouts de la démocratie, de la liberté d’expression et de nous-mêmes ?

Il y eut un temps où la région avait de ses fils et de ses filles qui siégeaient aux conseils d’administration de grandes corporations et Hydro-Québec.

Ceux-ci faisaient jouer leur pouvoir pour solidifier les pierres de notre économie.

Ils incarnaient le rêve des Saguenéens et des Jeannois d’accéder à de grands postes décisionnels.

Nous étions une région d’influence. Il ne faudrait pas devenir une région sous influence…