L’environnement ?

ÉDITORIAL / Avez-vous remarqué, vous aussi, que l’environnement prend une place de plus en plus importante dans les débats publics ; que le sujet est devenu une figure imposée dans tous les débats ? Là n’est pas une critique de l’importance à accorder aux pratiques écoresponsables, bien au contraire, mais se peut-il que l’argumentaire environnemental ne soit pas compatible à toutes les sauces et qu’à trop vouloir en faire, on finisse par nuire à l’essentiel de la cause ? La question se pose.

La quête au développement durable s’inscrit dans un courant de société qui gagne de l’ampleur. Le nombre de personnes qui adhèrent à ce concept augmente de jour en jour. Admettons-le, il était grand temps que la population fasse preuve d’une conscience collective. Les mentalités ont évolué lentement, mais de façon naturelle, au rythme des études sur les changements climatiques.

Or, comme dans tout bouleversement de société, il faut savoir reconnaître les faux prophètes et les obnubilés qui invitent le diable partout où ça fait leur affaire. Et il n’est jamais facile de faire la distinction entre le vrai et le faux dans ce genre de contexte, de faire la différence entre une urgence réelle et une autre inventée de toutes pièces, à des fins souvent électoralistes. Bref, il y a un risque manifeste de dérapage.

Il ne faut pas chercher bien loin pour s’en rendre compte. Prenons par exemple l’absence annoncée du premier ministre François Legault au prochain Sommet sur les changements climatiques — COP24, qui se tient en Pologne du 3 au 14 décembre. Chacun des trois partis d’opposition a condamné cette décision, accusant le chef de la CAQ de se désintéresser de la lutte aux changements climatiques. Greenpeace s’est même invitée dans l’arène et a, elle aussi, dénoncé François Legault. Pourtant, le gouvernement du Québec sera représenté par la ministre MarieChantal Chassé, titulaire de l’Environnement, ainsi que par une équipe de fonctionnaires qualifiés qui sauront sans doute bien mieux analyser les sujets techniques abordés lors de l’événement que le pourrait la presque totalité des élus de l’Assemblée nationale, François Legault inclus. L’environnement est devenu, dans ce cas précis, une arme circonstancielle pour l’opposition. Qui, dans cette salle, croit vraiment que la présence physique du premier ministre aurait été plus profitable à Katowice que dans le Salon bleu, en pleine rentrée parlementaire ? Non, blâmer François Legault en criant à l’hérésie, c’est utiliser la cause de manière démagogique, à des fins strictement partisanes. Et ça, c’est l’équivalent d’une gifle à tous ceux qui souhaitent un changement. Car, bien davantage que la présence de François Legault en Pologne, le défi qui nous attend est considérable.

Le plus récent rapport du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques est sans équivoque : le Québec n’atteindra possiblement pas les cibles qu’il s’est fixées pour 2020 en matière de réduction de gaz à effet de serre. Même que la ministre Chassé parle de repousser l’échéance à 2030. Et pourtant, le Québec se classe au premier rang de toutes les provinces canadiennes en ce qui concerne les émissions de GES, avec une moyenne de 9,6 tonnes par habitant en équivalent dioxyde de carbone. La moyenne est de 19,4 tonnes au pays.

Oui, l’heure est grave. L’essentiel de la communauté scientifique en témoigne. Mais dans toute cette transformation qui s’impose, il faut garder la tête froide et ne pas succomber à la panique. Lors de la dernière séance du conseil de ville d’Alma, le maire Marc Asselin a paru brusque lorsqu’interpellé par des manifestants environnementaux. Il a même fait preuve d’impatience par moments. Mais l’essentiel de ses explications reflète ce que pense encore une portion non négligeable de la population : le changement a un coût. Un coût que tous ne sont pas prêts à assumer. Pas encore.

C’est pourquoi il faut se concentrer sur une transition réaliste, graduelle, qui respecte le rythme des citoyens et des entreprises québécoises, dont plusieurs ont déjà fait des pas de géant au cours des dernières décennies.

Mais ce n’est certainement pas en plaidant l’environnement rien que pour discréditer une personne ou un gouvernement que nous avancerons plus rapidement. Vous ne trouvez pas ?