Promotion Saguenay

L’émotion n’a plus sa place

ÉDITORIAL / Sur un plan strictement émotif, la réaction des employés de Promotion Saguenay est compréhensible lorsqu’ils réclament, d’une seule voix, que leur présidente et directrice générale Priscilla Nemey soit maintenue dans ses fonctions. Or, avec les scandales qui ne cessent de se révéler depuis l’élection de Josée Néron, il est impensable que leur demande trouve une oreille attentive au conseil de ville, pour des raisons plus qu’évidentes.

Jeudi, les employés de Promotion Saguenay se sont réunis pour faire le point sur la crise actuelle et exprimer leur état d’âme quant aux événements qui perturbent leur quotidien. Solidairement, ils se sont rangés derrière celle qui, à peine quelques heures avant le scrutin du 5 novembre, a été désignée pour succéder à Ghislain Harvey à la tête de l’organisation. Leur démarche s’est traduite par une lettre adressée à la mairesse Néron, et a été appuyée par une poignée de commerçants de La Baie, qui ont appris à apprécier Mme Nemey comme responsable des croisières internationales. 

Ce cri du cœur se perd toutefois dans le chaos actuel et n’aura vraisemblablement aucune incidence sur les décisions futures de la mairesse. 

Compte tenu de son statut d’adjointe à Ghislain Harvey, Priscilla Nemey a joué un rôle prédominant au sein de l’ancienne gouvernance. Aussi est-il souhaitable qu’elle reste en retrait, au moins jusqu’à ce que l’enquête sur Promotion Saguenay soit complétée. 

Sa suspension n’est ni un désaveu pour incompétence ni le fruit d’une vengeance personnelle, mais un geste qui s’imposait dans les circonstances. Et s’il s’avère que la principale intéressée n’a participé à aucune opération douteuse, s’il est prouvé qu’elle n’a fermé les yeux sur aucune malversation, elle pourra alors reprendre ses fonctions — ou d’autres, selon les futures orientations — en toute légitimité et ainsi contribuer à l’avancement de Saguenay, comme elle semble le souhaiter.

Quant aux employés, il est à espérer que leur compétence sera reconnue à sa juste valeur et qu’ils seront en mesure de conserver leur travail. Les sacrifier pour faire un exemple serait injuste et priverait la collectivité d’une expérience considérable.

Rapport dévastateur, inquiétant et frustrant

La présente situation est exceptionnelle et demande des mesures non moins exceptionnelles. Selon le rapport du comité de transition dévoilé vendredi matin, c’est toute la structure municipale de Saguenay qui est dans un état lamentable, incluant l’ensemble des corporations municipales.

Le constat est accablant et témoigne d’un héritage politique qui frôle la catastrophe. 

Le gouffre financier de la capitale régionale est fort inquiétant, toujours selon le rapport. La dette de Saguenay, écrit-on, a augmenté de 200 % depuis 2007, sans tenir compte des cautionnements aux organismes du territoire qui totalisent 40 millions de dollars ! Le pire, c’est qu’aucune politique d’investissement n’a été élaborée pour remédier à cette troublante réalité.

Le comité de transition soulève également que le poste budgétaire « Dons, commandites et subventions » est un « fourre-tout de 38,7 millions de dollars, en constante augmentation, où l’achat de billets côtoie des subventions de 10 millions à des organismes paramunicipaux ». 

Avoir voulu créer une enveloppe occulte destinée à récompenser les amis du régime, on n’aurait pu faire mieux. Quelle entreprise privée accorderait à ses employés le droit d’octroyer des subventions sans critères imposés, sans grille d’évaluation obligatoire, et sans même exiger une reddition de comptes ? 

L’émotion n’a plus sa place dans le processus ; aujourd’hui, c’est vraiment le citoyen d’abord.