Il est à espérer que l’abolition du poste de Sereyrath Srin à Promotion Saguenay n’est qu’un pas vers l’arrière, qui permettra à la Ville de mieux sauter

L’effort nécessaire des milieux

ÉDITORIAL / L’abolition d’un poste dédié à l’immigration, à Promotion Saguenay, n’est pas une fin en soi. Il s’agit d’un recul, certes, mais c’est dans ses décisions futures que la Ville définira son engagement dans cet important créneau, à l’heure où la pénurie de main-d’œuvre frappe partout au Québec.

Dès son entrée en fonction, la mairesse Josée Néron s’est penchée sur Promotion Saguenay afin de statuer sur son passé, puis sur l’avenir qu’elle lui réserverait. Elle a mandaté un comité de non-élus pour analyser la structure ; elle l’a décapitée de sa tête dirigeante, Ghislain Harvey ; elle a demandé l’aide du ministère pour identifier les irrégularités. Puis, elle a agi. 

La nouvelle administration municipale a donné les clés de Promotion Saguenay à l’ancien député fédéral Denis Lemieux, un homme d’affaires qui a réussi dans son domaine, certes, mais également un dirigeant intransigeant, qui sait ce qu’il veut et qui ne s’enfarge pas dans les fleurs du tapis. 

Trois millions de dollars ont été retranchés au budget de 12 millions de l’organisme. La mission touristique a été pratiquement abandonnée, et le seul employé spécialisé en matière d’immigration, Sereyrath Srin, a été congédié. Ses responsabilités ont été transférées au département des services aux entreprises. 

Le message est on ne peut plus clair : la nouvelle mouture de Promotion Saguenay se concentrera essentiellement sur le développement économique, ce qui correspond pleinement aux compétences — et aux intérêts — du directeur général fraîchement nommé.

L’administration municipale a choisi de recentrer les activités de l’organisation et cette décision se défend, mais l’hôtel de ville ne peut se désengager complètement de cet axe critique de développement. Elle doit combler autrement le départ de M. Srin, mais aussi se doter d’une stratégie plus large, plus efficace et mieux définie. Surtout avec le potentiel incroyable de prospects que lui procurent les institutions d’enseignement, notamment l’Université du Québec à Chicoutimi. 

Comme dans toutes les autres municipalités de la région, une vaste réflexion s’impose à Saguenay en ce qui concerne la rétention des travailleurs étrangers. Le gouvernement aura beau faire des pieds et des mains pour faciliter la venue d’immigrants hors des grandes agglomérations urbaines et des communautés multiculturelles déjà établies, il appartient d’abord aux milieux de s’adapter afin de devenir des terres d’accueil séduisantes et propices à une immigration durable.

L’avènement de groupes comme La Meute et la désinformation crasse qui pollue les réseaux sociaux doivent avoir une contrepartie représentative de la société québécoise, qui en est une d’ouverture et de respect de l’autre. Dans ce contexte, il est inconcevable que Saguenay amenuise sa participation au débat. La capitale régionale doit agir en leader et être à l’avant-plan d’une politique innovante qui inclura non seulement son territoire, mais également toutes les MRC du Saguenay-Lac-Saint-Jean. 

La région n’a d’autre choix que de faire preuve d’originalité, car elle doit compenser pour de multiples irritants : son éloignement, ses hivers rigoureux, son caractère unilingue francophone. Il y a aussi les perceptions, justifiées ou non, qui jouent contre elle : racisme, xénophobie, peur de l’étranger. 

Dans une sortie inappropriée, le chef de la Coalition avenir Québec a reproché au premier ministre Philippe Couillard de n’avoir pu convaincre une famille syrienne qu’il avait parrainée de demeurer dans Roberval. Ce départ n’a pourtant rien à voir avec le geste altruistes de M. Couillard et de ses proches. Il témoigne cependant des difficultés qu’a le Saguenay-Lac-Saint-Jean à accueillir comme il se doit les nouveaux arrivants. Pour une région qui se targue d’être hospitalière, l’orgueil en prend pour son rhume !

C’est pourquoi il est à espérer que l’abolition du poste de Sereyrath Srin à Promotion Saguenay n’est qu’un pas vers l’arrière, qui permettra à la Ville de mieux sauter.