Justin Trudeau a passé la soirée au souper dans les rues de Roberval.

L'effet Trudeau et la partielle

ÉDITORIAL / L'élection partielle dans Lac-Saint-Jean n'est pas encore déclenchée, mais il est évident que quiconque portera les couleurs libérales quittera la ligne de départ avec une longueur d'avance sur ses adversaires. Pas seulement en raison de l'attrait du pouvoir ou des politiques mises de l'avant par le gouvernement depuis son élection, en novembre 2015, mais surtout en raison de la popularité de son chef, le premier ministre Justin Trudeau. La Trudeaumanie est bien réelle, le Saguenay-Lac-Saint-Jean n'y échappe pas, et elle influencera nécessairement le résultat de la campagne qui s'annonce.
Mercredi, le premier ministre Trudeau a mis plus d'une demi-heure à traverser le site de l'Exposition agricole de Chicoutimi afin de rencontrer les médias ; plus d'une demi-heure où il a serré des mains et multiplié les égoportraits, enveloppé d'une foule à travers laquelle ses gardes du corps peinaient à lui ouvrir un chemin. Ces hommes, ces femmes et ces enfants ne souhaitaient pas entendre parler de l'ALENA, ni du bois d'oeuvre, ni du débat constitutionnel. Encore moins d'une élection partielle. Tous ne voulaient qu'une chose : apparaître le temps d'une photo aux côtés de ce politicien, dont le charisme lui a valu la une du prestigieux Rolling Stone avec comme titre « Ne pourrait-il pas être notre président ? »
Dans ce contexte favorable aux libéraux, il est peu surprenant de voir, déjà, des prétendants à l'investiture se ruer aux portes du parti, comme ce fût le cas pour le maire de Desbiens, Nicolas Martel, pour son homologue de Dolbeau-Mistassini, Richard Hébert, de même que pour l'ancien chef de Mashteuiatsh, Gilbert Dominique et son opposante lors de la dernière élection du conseil de bande, Marjolaine Étienne. D'autres personnalités s'ajouteront sans doute au cours des prochaines semaines.
Est-ce dire que l'issue de la partielle sera scellée dès la nomination d'un candidat libéral ? Quand même pas. Mais, s'il est une chose qui ne fait aucun doute, c'est que chaque fois que le premier ministre Trudeau se présentera au Saguenay-Lac-Saint-Jean, il permettra à son candidat local de s'adresser à un bassin d'électeurs qui, autrement, ne se seraient pas déplacés pour une activité partisane. 
C'est ce qui se passe lorsqu'on vit dans une ère où la politique s'apparente de plus en plus à un concours de popularité. Et qu'on soit en accord ou non, il faudra se résigner à cette nouvelle réalité.
À des années-lumière de Harper
Comme lors du caucus national de son parti, qui s'est tenu à Saguenay en août 2016, Justin Trudeau a pris le temps de s'informer des grands dossiers de la région, de rencontrer les principaux intervenants politiques dont le premier ministre du Québec, Philippe Couillard. Mais, il a aussi accordé son attention à certaines personnes aux intérêts plus modestes, mais non moins nobles. C'est le cas, par exemple, de Sonia Côté, la coordonnatrice de l'organisme Loge m'entraide, qui milite pour la création de nouveaux logements sociaux à Saguenay. Le premier ministre du Canada la rencontrait pour une troisième fois. 
C'est cette ouverture à l'égard de toutes les catégories de citoyens qui nourrit la popularité de Justin Trudeau et qui donne l'impression que ce dernier est accessible, à l'écoute du peuple. C'est aussi ce trait de caractère qui fait en sorte que, même sur un territoire qualifié de bastion souverainiste au Québec, les gens courent à sa rencontre. 
On est à des années-lumière de Stephen Harper, qui allait jusqu'à exiger aux journalistes de lui transmettre leurs questions avant une entrevue.