Denis Bouchard

L’économie de l’après-pandémie

ÉDITORIAL / Le déconfinement progressif va assurément donner le goût aux Saguenéens et aux Jeannois intéressés par l’avenir économique de fourbir les armes en vue de relancer les « hostilités ».

Parce qu’avant la pandémie, en fait, ce n’était pas tout à fait un débat, mais plutôt deux visions opposées qui occupaient la place publique. Pour faire court, d’un côté, les tenants des grands projets et de la filière industrielle et, en face, les promoteurs d’une économie de transition pour qui le mot « transition » signifie «maintenant».

La triste réalité qui nous afflige a nécessité une trêve – personne ne s’en plaint –, mais n’a pas pour autant dissipé nos angoisses sur l’avenir de la région. Au contraire, la COVID-19 n’épargne presque rien, forçant Rio Tinto à suspendre l’exploitation des vieilles salles de cuves précuites et Résolu à fermer une machine à son usine d’Alma.

Dans les deux cas, rien ne garantit un redémarrage, surtout pour les précuites, que Rio Tinto veut remplacer depuis longtemps par une technologie plus moderne à sa portée, soit l’AP60. Les cuves précuites remontent à 1926 et ont subi une cure de rajeunissement dans les décennies 50 et 60.

Le bois et l’aluminium sont depuis plus d’un siècle les fondamentaux économiques de la région, offrant des emplois bien rémunérés, permettant la formation de grappes de fournisseurs et d’équipementiers, la création de bureaux de professionnels et le développement d’un savoir autour de la recherche (privée et publique), de la formation et de l’enseignement.

Tout a changé chez nos piliers économiques. La région devrait être immensément fière que le projet ELYSIS, qui consiste à produire de l’aluminium sans émission de gaz à effet de serre, soit développé en son sein. Le développement technologique a aussi un pendant négatif. Même s’il permet à Rio Tinto de demeurer un leader mondial, il requiert de moins en moins de main-d’oeuvre.

Par la force des choses, le Saguenay–Lac-Saint-Jean est convié à une grande réflexion sur son avenir dès à présent parce qu’au rythme où les cycles changent, il ne faudra pas trop laisser passer de tour.

Donc, le débat d’avant la pandémie va reprendre, mais le contexte économique n’est plus du tout le même. D’abord, nous sommes passés d’une pénurie de main-d’oeuvre à une pénurie d’emplois; ensuite, l’avenir de certaines activités est soit incertain, soit confronté à des changements drastiques, et seuls les devins savent quels seront dorénavant les besoins et les comportements des consommateurs.

Pas plus tard que la semaine dernière, l’Institut de recherche sur les PME a rendu public un sondage qui démontre combien l’économie du Québec est plombée par la pandémie. Les résultats, encore plus négatifs pour le Saguenay–Lac-Saint-Jean, ont ramené sur le tapis l’impérieuse nécessité de la diversification, un chantier qui se déploie à des doses infinitésimales depuis les 50 dernières années.

De là la grande urgence de bien réfléchir et de prendre en compte toutes les voix. Celles des chambres de commerce, des investisseurs, grands comme petits, des écologistes et de leur économie de transition, du mouvement coopératif et du monde syndical. Il y a des groupes qui s’activent, comme celui de Transition Saguenay–Lac-Saint-Jean, nettement du côté d’une économie verte et dans le discours du changement climatique, qui fait l’exercice de propositions concrètes.

Ça paraît bien couché sur du papier, mais dans les faits, il y a des positions qui semblent irréconciliables, des gens qui ne s’assiéront jamais à la même table ou qui ne veulent pas discuter, convaincus de leurs croyances.

Cette urgence de se redéfinir ne devrait-elle pas commander des échanges plus larges et plus ouverts ou il va falloir attendre d’avoir encore plus mal, ce qui pourrait servir la cause de certains ?