Il était absolument nécessaire que le gouvernement du Québec réalise, rapidement, une étude complète et exhaustive de la situation des troupeaux québécois de caribous forestiers.

Le vrai portrait du caribou

Il était absolument nécessaire que le gouvernement du Québec réalise, rapidement, une étude complète et exhaustive de la situation des troupeaux québécois de caribous forestiers. Dans le contexte actuel, il est même aberrant de constater qu'une telle démarche n'a pas encore été effectuée au cours des dernières années. On parle pourtant abondamment, et depuis longtemps, de l'instauration d'une série de mesures destinées à assurer la protection et la survie de ces animaux. Des mesures dont on appréhende, sur toutes les tribunes et depuis tout aussi longtemps, les impacts potentiels sur des milliers d'emplois en forêt, au premier plan au Saguenay-Lac-Saint-Jean. En ce sens, la décision de la ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, d'amorcer les démarches en ce sens, était la seule option possible.
Rapport partiel
À l'heure actuelle, Québec ne dispose, selon les affirmations mêmes de l'adjoint parlementaire à la forêt et député de Roberval, Denis Trottier, que d'un rapport partiel portant sur 25% des territoires nordiques fréquentés par le caribou forestier. Ce rapport, dévoilé en exclusivité samedi dernier par Le Quotidien, a fait état d'une croissance des populations dans les limites de la région. Évidemment, la publication de ces données a fait grand bruit. Les conclusions du document vont à l'encontre des grandes idées reçues, lesquelles laissent entendre que les bandes de caribous sont menacées par la récolte de la matière ligneuse.
On comprend donc, dans ces circonstances, toute l'importance d'effectuer une étude détaillée établissant le réel portrait du caribou forestier au Québec. D'une part parce qu'il est impensable d'établir une stratégie cohérente de préservation du cheptel sans détenir pour ce faire toutes les données du problème, et au premier chef le nombre de bêtes et leur état de santé, ainsi que le taux de renouvellement des troupeaux.
Et d'autre part, parce que les coûts pour financer une telle démarche, estimés à 400 000$, apparaissent dérisoires eu égard aux enjeux soulevés par la protection des hordes. Comme des élections approchent, les deux autres grands partis politiques doivent s'engager à appuyer la réalisation de l'étude advenant leur éventuelle accession au pouvoir.
Pour l'industrie forestière, les travailleurs et les communautés qui vivent de ce secteur d'activités, il est plus que temps d'avoir l'heure juste dans ce dossier.
Il était aussi impératif de passer à l'action parce que les mesures contenues dans le Plan de rétablissement du caribou forestier que Québec doit mettre en place s'articulent dans la réflexion actuellement menée, dans la région, par la Conférence régionale des élus dans le tout aussi crucial dossier des aires protégées.
La CRÉ cherche en effet à inclure des territoires dédiés à la préservation du caribou dans ses propres propositions de territoires à protéger au Saguenay-Lac-Saint-Jean, dans le but de limiter les impacts de celles-ci sur l'industrie forestière et les travailleurs et pour en décupler les effets positifs pour l'environnement. Cette démarche de réflexion est déjà fort avancée. Or, il est clair qu'elle sera influencée par les conclusions d'une éventuelle étude détaillée et exhaustive des troupeaux de caribous.
En parallèle, il serait intéressant que le gouvernement du Québec profite de cette analyse pour aller plus loin que de dresser un simple inventaire du cheptel, comme il s'était engagé d'ailleurs à le faire. Des chercheurs de l'Université du Québec à Rimouski disposent de vastes connaissances sur ces bêtes. Ceux de l'UQAC disposent de connaissances détaillées sur la forêt boréale, sur sa croissance et sur son évolution future. Les membres de la Chaire en éco-conseil possèdent des modélisations et des informations pertinentes quant à l'évolution du climat et aux impacts que cela pourrait avoir sur les habitats du caribou et sa répartition géographique. Bref, il y a là des données et des ingrédients utiles pour dresser un portrait complet et juste de la situation et ainsi déterminer les bonnes mesures à prendre afin de préserver les troupeaux de caribous forestiers.
Le défi, c'est de prendre le caribou par les cornes dans ce dossier et de faire à la fois vite et bien. L'incertitude a assez duré.