Josée Néron, mairesse de Saguenay

Le triumvirat de Mme Néron

ÉDITORIAL / Un comité de transition a été mis sur pied par Josée Néron afin de passer au crible l’organisation municipale et ses composantes périphériques, dans l’optique d’y apporter les améliorations qui s’imposent. Le triumvirat, composé de l’ancien député Stéphane Bédard, de la consultante en développement Isabel Brochu et de l’ancien maire de Shipshaw Réjean Bergeron, possède toutes les compétences requises pour livrer à la nouvelle mairesse un portrait fidèle des structures en place et une évaluation des personnes qui ont été nommées à des postes névralgiques par l’ancienne administration municipale. Cet exercice est essentiel et il deviendra la pierre angulaire du changement promis depuis des années par la chef de l’ERD.

Initialement, le comptable et candidat défait à la mairie Arthur Gobeil devait faire partie de l’équipe, mais il a finalement dû céder sa place afin de ne pas placer sa firme en situation de conflit d’intérêts potentiel. En faisant appel à son rival de campagne, Mme Néron s’était non seulement allié un homme de chiffres aux compétences reconnues, mais également un électorat de quelque 11 000 personnes qui l’ont appuyé dimanche dernier. 

Sa remplaçante, Isabel Brochu, est diplômée universitaire en études régionales et rédactrice de multiples études scientifiques. Elle est reconnue telle une spécialiste en développement local et régional, ce qui cadre parfaitement avec la mission du groupe de consultants.

Stéphane Bédard possède quant à lui une vaste expérience en politique, ayant assumé les fonctions de député de 1998 à 2015. Entre autres faits d’armes, il a présidé le Conseil du trésor du Québec au sein du gouvernement de Pauline Marois et a été leader parlementaire et ministre responsable du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Sa formation de juriste ajoute à la crédibilité du comité de transition. 

De son côté, Réjean Bergeron a occupé le poste de maire de Shisphaw de 1986 jusqu’à la fusion de 2002. Il a aussi présidé le défunt Conseil régional de concertation et de développement (CRCD). Depuis son retrait de la vie publique, M. Bergeron n’a cessé de suivre la politique municipale et ce retour aux sources lui permettra de renouer avec ses vieux amours. 

Par contre, s’il est un dénominateur commun qui unit l’homme de finances, la consultante et l’ancien maire, c’est leur indépendance totale de l’administration de Jean Tremblay. En fait, tous ont eu maille à partir avec l’ancien maire à un moment ou à un autre de son règne. Il est à espérer que leur travail ne sera pas motivé par de vieilles rancœurs, au détriment d’une analyse qui doit nécessairement être objective. 

La mairesse Néron hérite d’une machine imposante, tentaculaire et modelée à l’image de son prédécesseur, qui disait ouvertement préférer les nominations aux appels de candidatures. À l’hôtel de ville comme dans toutes les sphères qui y sont liées, tout est à analyser. La dépolitisation de Promotion Saguenay, à quelques jours du scrutin, fait foi des façons de faire souvent discutables de Jean Tremblay et de sa garde rapprochée. 

Il est dans l’ordre des choses que la mairesse veuille connaître son environnement afin de le forger, elle aussi, à son image. Jean Tremblay n’a-t-il pas congédié illégalement le directeur général Bertrand Girard, imposé par le comité de transition lors de la fusion ? Il avait poussé l’affront jusqu’à inviter les représentants des médias de l’accompagner pour assister, en direct, à la suspension de M. Girard. Cet épisode s’est soldé par une poursuite et Saguenay a été condamnée à verser 583 460 $ à l’ancien fonctionnaire. Avec les intérêts, la somme s’est finalement élevée à 642 690 $. 

Josée Néron a le pouvoir d’agir ainsi avec ceux qui lui sont aujourd’hui imposés. Elle peut aussi tabletter certains individus qu’elle juge indignes de sa confiance. Elle peut même démanteler Promotion Saguenay si elle le désire. Mais, le fera-t-elle ou essaiera-t-elle plutôt de donner une chance à tous de faire leurs preuves ?

Les prochains mois nous diront de quel bois la mairesse se chauffe.