Le triomphe des Desbienois

ÉDITORIAL / Le succès du Championnat mondial de pétanque de Desbiens est bien plus que l’oeuvre d’un seul homme. C’est le triomphe de toute une communauté qui a retrouvé sa fierté après des années de misère.

En 2016, nous invitions dans ces pages les élus de toute la région à prendre exemple sur le maire de Desbiens, Nicolas Martel, qui a su faire d’une localité dévitalisée une véritable source d’inspiration. Nous rappelions que Desbiens aurait pu s’apitoyer sur son sort éternellement, après la fermeture de l’usine Johnson and Johnson en 1998 ; qu’elle aurait pu se résigner au rôle de victime après les vaines promesses de promoteurs douteux ! Mais non.

Le 15 juin 2010, le maire Martel a entrepris le virage « Extrême » et, à travers cette marque de commerce, il a donné à sa population de nouvelles perspectives d’avenir et une identité unique.

Il y a eu le festival Desbiens Extrême, puis le Championnat mondial de pédalos, la tourtière géante, le poker « Extrême », la Zone Extrême Resto Lounge sur le toit de l’hôtel de ville et les compétitions de motocross. Près d’une décennie à reconstruire lentement mais sûrement l’image moribonde de ce village.

Au début, rares sont les fidèles qui ont cru en Nicolas Martel. Les gens voyaient en lui un politicien atypique, animé par des idées de grandeur. Les maires d’autres municipalités disposant de moyens incomparables à ceux de Desbiens le regardaient de haut, avec une certaine condescendance. Il fallait assister aux séances publiques de la MRC de Lac-Saint-Jean-Est pour bien saisir l’opinion qu’entretenaient ses pairs à son égard : ils appréciaient sa fougue et sa bonne humeur, certes, mais jamais ils ne l’ont perçu tel un visionnaire.

Sa population, elle, a embarqué dans la valse et la semaine dernière, dans l’actualité, il n’était ni question de Métabetchouan-Lac-à-la-Croix ou de Saint-Ludger-de-Milot, ni de Lamarche ou de Saint-Gédéon, pas même d’Alma. Partout, jusqu’au-delà du continent, il était question de Desbiens l’accueillante, la splendide, l’originale, l’Extrême.

Toute idée, aussi ingénieuse soit-elle, ne peut germer sans un terreau fertile, un environnement propice et une bonne dose d’attention. Nicolas Martel, le semeur, n’a jamais reculé dans ses projets, mais il a pu compter sur une communauté exceptionnellement participative. Et cette population de Desbiens, la semaine dernière, a fait honneur à toute la région !

Les « Desbien-êtres »
Au risque de se répéter, ce que Desbiens a réalisé doit faire exemple. Sans mettre de côté les grands projets économiques, les croisières internationales, l’activité motoneige, la chasse, la pêche et les autres grands pans de notre stratégie globale de développement, serait-il possible d’allouer plus d’importance aux petites idées sorties de nulle part ? Le mois dernier, combien d’entre nous étaient conscients de l’ampleur de la pétanque à l’échelle mondiale ?

Nicolas Martel ne craint pas d’être ridiculisé, au contraire. Il semble puiser sa motivation de la critique et des quolibets. Ses paris sont parfois audacieux, mais il réussit toujours à faire taire ses détracteurs. Pourquoi cette volonté de tout faire autrement, à l’extérieur du cadre de la politique traditionnelle ?

La réponse réside peut-être dans cette confidence qu’il m’a faite lors de sa première année au poste de maire : « Tu sais, je suis un gars de Desbiens. J’ai travaillé ici, dans l’usine qu’ils ont fermée. Ça m’a brisé le cœur. Je me suis toujours battu pour qu’on arrête de rire de nous, qu’on arrête de nous appeler les “Desbien-êtres”. C’est pour ça que je fais de la politique. »

Si seulement tous nos élus avaient la même inspiration…