Le silence des élus

ÉDITORIAL / La saga des bacs bruns est officiellement terminée. Saguenay peut désormais procéder à l’emprunt de 5,7 millions de dollars pour l’acquisition de ces bacs, puis aller de l’avant avec la solution la plus logique, qui a été entérinée majoritairement par le conseil. Il faut certes retenir de cette histoire la participation massive des gens à la signature des registres, mais c’est surtout le mutisme de certains élus, avant et pendant le processus, qui est troublant.

Comment se fait-il que ceux qui ont appuyé cette décision n’aient pas tenté de faire contrepoids au discours des militants anti-bacs bruns avant que ça dégénère, mis à part Josée Néron ? Où étaient-ils, les autres ? Avaient-ils peur de s’exposer à la critique de candidats défaits lors de la dernière élection municipale ? De s’aliéner quelques animateurs radiophoniques ?

Résultat : le dossier a pris une ampleur démesurée et a fait écho au-delà des frontières du Saguenay-Lac-Saint-Jean, une région qui est loin d’être une référence en matière de politique environnementale. Imaginez : en 1997, Le Quotidien rapportait que la MRC du Fjord-du-Saguenay devait mettre en branle un processus de collecte des matières putrescibles afin de les sortir des sites d’enfouissement. C’était il y a plus de 20 ans !

L’occasion était parfaite pour s’élever au-dessus de la politicaillerie et s’affranchir de cette image de cancre du développement durable qui nous caractérise ailleurs dans la province.

Qui a soulevé qu’en réduisant de 55 à 60 % le volume de putrescibles jetés à la poubelle, au Lac-Saint-Jean seulement, ce sont 40 000 tonnes de matières de moins qui seront enfouies ? Personne. Qui a évoqué qu’un système de tri robotisé serait peut-être inefficace dans une région où l’hiver est glacial ? Personne. Qui a rappelé que le bac brun est une option éprouvée, qui n’engendrera aucune surprise quant aux coûts ou aux résultats ? Qui a pris la peine de mentionner que l’implantation d’une usine de nouvelle technologie exige une expertise particulière et est sujette à moult imprévus ? Qui a rappelé que le temps presse et que Saguenay s’expose à des amendes si elle ne règle pas rapidement le problème des matières putrescibles ?

Seule la mairesse Josée Néron est allée au bâton dans ce dossier. Et pourtant, à part deux conseillers de La Baie, tous étaient d’accord avec le règlement d’emprunt.

C’était le rôle des élus de Saguenay, du moins ceux qui ont appuyé l’achat des bacs bruns, de faire de l’éducation et de défendre leur position, plutôt que de laisser le champ libre aux voix dissidentes. Or, ils sont restés immobiles et sans voix. Certains, comme Marc Pettersen, ont même changé leur fusil d’épaule, influencés par le vacarme des opposants. Le chaos a dicté leur agenda, et c’est tout Saguenay qui a perdu la face.

Bref, pour le courage politique, on repassera.

Une leçon à tirer
Cela dit, il est impossible d’ignorer la forte participation à cette ouverture des registres municipaux, d’autant plus que les gens ne pouvaient se prononcer qu’à un endroit, à Chicoutimi. Il est très probable qu’en installant des bureaux dans l’un et l’autre des trois grands arrondissements, le cap des 8022 signatures aurait été franchi.

La mairesse Josée Néron et les conseillers doivent tirer leçon de cette saga. Il y aura toujours des forces vives pour contester une décision, quelle qu’elle soit.

Lorsque le fonctionnaire responsable du dossier a présenté le projet des bacs bruns aux élus, il leur a offert de les rencontrer individuellement afin de répondre à leurs interrogations. L’histoire ne dit pas combien d’entre eux ont répondu à l’invitation, mais c’est le genre d’accompagnement qui permet à un élu de défendre un projet sur la place publique.

La population de Saguenay aurait mérité que le conseil se mobilise et qu’il éteigne l’étincelle avant que celle-ci ne se transforme en brasier.

Mais ce conseil en est-il capable ?