Premiers ministres du Canada et du Québec, Justin Trudeau et Philippe Couillard étaient accompagnés du président de la nouvelle entreprise Elysis, Vincent Christ, du président et chef de la direction d’Alcoa, Roy Harvey, de Sarah Chandler, d’Apple, du président de la division aluminium de Rio Tinto, Alf Barrios, et de la ministre de l’Économie du Québec, Dominique Anglade.

Le Saint Graal de l’aluminium

ÉDITORIAL / Rio Tinto et Alcoa ont découvert le Saint Graal de l’aluminium ; une anode inerte qui ne dégage aucune émanation de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Depuis 1886, année à laquelle Paul Héroult et Charles Martin Hall ont breveté le procédé d’électrolyse, les chercheurs du monde entier ont tenté en vain de créer cette anode improbable. C’est finalement le mariage des deux titans de l’aluminium qui a permis cette découverte. Et c’est au Saguenay-Lac-Saint-Jean qu’elle s’épanouira désormais, parallèlement au développement de la technologie AP6X, l’une des plus évoluées sur la planète en matière d’efficacité énergétique.

Pour les initiés de l’industrie, la naissance d’Elysis marque un point tournant de l’histoire de l’aluminium ; une rupture avec les méthodes traditionnelles. 

Qui aurait dit qu’un jour, plutôt qu’être des sources de pollution, les usines d’aluminium seraient émettrices d’oxygène dans l’atmosphère ? Pour donner une idée, l’implantation de l’anode inerte dans l’ensemble des installations d’électrolyse du pays aurait le même effet bénéfique qu’une forêt de 25 000 kilomètres carrés, soit la superficie du lac Érié.  

Cette annonce est également le fruit d’un legs ; l’héritage de ceux et celles qui ont bâti les barrages, qui ont érigé les premières usines et qui ont coulé les premiers lingots. Au fil des époques, les technologies se sont succédé — et améliorées — dans les alumineries québécoises, notamment celles du Saguenay-Lac-Saint-Jean où près d’un million de tonnes de métal primaire sont produites annuellement. Nulle part ailleurs en Amérique du Nord ne retrouve-t-on un tel parc d’installations, alimentées par de l’énergie renouvelable. Où peut-on avoir accès à des cuves de générations P155, AP30 et AP60, toutes opérationnelles, dans un rayon aussi restreint ?

Également, la présence des équipementiers et la réputation de nos centres de recherche ont sans doute pesé dans la balance. Depuis longtemps, l’économie du savoir fusionne avec l’industrie de l’aluminium. Grâce à ses progrès en recherche, Alcoa a fourni la semence de ce beau projet ; désormais, cette même semence pourra croître dans l’environnement le plus propice qui soit. 

Le développement secret de l’anode carboneutre a sans doute influencé les décisions de Rio Tinto quant à ses projets d’expansion au Québec. Les fluctuations du marché, l’avènement des alumineries chinoises et celles du Moyen-Orient, de même que la crise économique de 2008 ont certes forcé la compagnie à revoir ses stratégies, mais l’annonce de jeudi lève le voile sur une autre variable significative, dont seuls les dirigeants connaissaient l’existence. 

Pourquoi investir dans les phases 2 et 3 du projet AP6X ou dans la construction d’une nouvelle salle de cuves à Alma alors que, dans un avenir prévisible, il serait possible de produire de l’aluminium sans empreinte carbone ? Qui achèterait une locomotive à vapeur à l’ère des trains électriques ?

Il est certain qu’à un moment ou à un autre, ce genre de questionnement a fait l’objet d’une réflexion dans les hautes sphères de la compagnie.

Le bon coup d’Apple

Étrangement, c’est Apple qui a agi comme entremetteuse entre Alcoa et Rio Tinto. La société de Cupertino a investi 13 millions de dollars afin d’appuyer la création d’Elysis, sans même exiger une place au conseil d’administration. N’allez pas croire que le géant des produits électroniques a l’intention de se lancer dans la production d’aluminium primaire.   

Non, ce partenariat est d’abord et avant tout un brillant coup de marketing. En toute légitimité, Apple peut dorénavant affirmer qu’elle a contribué à la plus grande révolution environnementale qu’a connue l’industrie de l’aluminium au cours du dernier siècle. Alcoa et Rio Tinto pourront quant à elles bénéficier de l’influence de la marque Apple pour convaincre de nouveaux clients à adopter l’aluminium vert. 

Quand on parle de partenariat gagnant-gagnant, celui-ci en est un parfait exemple.