Alexandre Cloutier était accompagné de sa conjointe Marie-Claude, mardi matin, pour annoncer son retrait de la vie politique après le présent mandat.

Le rêve brisé

ÉDITORIAL / Alexandre Cloutier avait perdu ses repères, au sein du Parti québécois; ses illusions également. C’est ce qui se produit lorsqu’une personne ambitieuse rêve d’une organisation à son image, mais que cette dernière le musèle et ne lui permet pas de réaliser les changements espérés. Alexandre Cloutier souhaitait avoir en main le gouvernail de sa formation politique, mais celle-ci lui a claqué la porte au nez deux fois plutôt qu’une. Et s’il a gagné le respect des troupes souverainistes dans sa défaite contre Pierre Karl Péladeau, en 2015, le député a difficilement encaissé son second revers à la chefferie du PQ, un an plus tard, face à Jean-François Lisée. Plus jamais il n’a été le même par la suite.

Alexandre Cloutier s’est lancé en politique il y a un peu plus d’une décennie pour emboîter le pas de son ami et mentor, Stéphan Tremblay. À cette époque, ses yeux brillaient d’espoir. Lorsque présenté pour la première fois aux médias locaux, il avait suggéré de rédiger la première constitution d’un Québec souverain, rien de moins. 

Le député a rapidement appris à bien peser chacune de ses déclarations, mais il a néanmoins conservé cet enthousiasme un peu naïf, au fil des mandats qu’il a obtenus. C’est d’ailleurs ce côté idéaliste que les militants de la province ont adopté lorsqu’ils ont découvert Alexandre Cloutier, lors de sa première course à la présidence du PQ. Parti grand négligé, il a finalement réussi à talonner Perre Karl Péladeau jusqu’à la fin de l’investiture. 

Mardi, dans sa circonscription de Lac-Saint-Jean, le député Cloutier a annoncé son départ avec sérénité et surtout, avec toute l’honnêteté intellectuelle qui le caractérise : « Le service public ne doit pas être une job tenue pour acquise ; elle ne doit pas se faire sur le “cruise control” et ça ne doit surtout pas être juste un moyen de payer l’hypothèque. »

Avec quelque 4000 membres et les coffres abondamment remplis dans Lac-Saint-Jean, le PQ avait d’excellentes chances de faire réélire Alexandre Cloutier en octobre prochain, pour une cinquième fois. Le député en était conscient et aurait très bien pu poursuivre sa carrière à l’Assemblée nationale sans pression ni autres attentes de ses électeurs que celles destinées à un député de l’opposition. 

Une œuvre inachevée

Alexandre Cloutier tire sa révérence sans brûler les ponts. Il qualifie Lisée de gentleman et remercie Péladeau de lui avoir confié d’importantes responsabilités au sein de son parti. À 41 ans, il n’exclut toutefois pas un retour dans l’arène politique un jour, lorsque la passion reviendra. 

Il serait surprenant, en effet, que le point de presse de mardi soit son dernier tour de piste. Plusieurs éléments de son allocution font davantage penser à un divorce qu’à un adieu définitif. 

Suivra-t-il les traces de Philippe Couillard, qui a laissé passer quelques années avant de revenir en force à la tête de l’Assemblée nationale ? Succombera-t-il, lui aussi, au chant des sirènes lorsque le PQ l’invoquera tel un sauveur ? Ou plutôt, sera-t-il à l’origine d’un nouveau parti, conçu à partir des valeurs qu’il a tenté de promouvoir au cours de ses deux campagnes à la chefferie, en vain ? 

S’il est une certitude, c’est que dans son for intérieur, il aura toujours le sentiment d’avoir quitté l’atelier en laissant une œuvre inachevée derrière lui. Il a tout donné ; il s’est investi sans restriction, avec la conviction qui habite celui qui n’a jamais connu l’échec. Or, ni le Parti québécois ni l’État n’étaient prêts à adhérer à sa vision utopique : un monde politique sans étiquettes partisanes, où l’union des forces remplacerait la division. 

Peut-être un jour, qui sait ?