Le retour de l’enfant prodigue

ÉDITORIAL / En 2000, nul n’aurait pu prédire que Sylvain Gaudreault aspirerait un jour à la direction du Parti québécois (PQ). Et pourtant aujourd’hui, l’enseignant de profession se présente tel un candidat légitime à la plus prestigieuse fonction de son parti.

Sylvain Gaudreault aurait pu lancer la serviette et abandonner tout espoir politique lorsqu’il a été écarté du Bloc québécois, de façon cavalière, par le chef de l’époque, Gilles Duceppe. L’ex-chef lui avait alors préféré Noël Tremblay dans la circonscription fédérale de Chicoutimi–Le Fjord. Ce dernier s’est incliné un mois plus tard devant le libéral André Harvey.

Furieux de ne pas avoir eu la chance de soumettre sa candidature au vote des militants, dans le contexte démocratique d’une investiture, Sylvain Gaudreault a claqué la porte de l’exécutif du Parti québécois. Il a claqué la porte, comme bien des jeunes le font lorsqu’ils perdent la foi ; lorsqu’ils ne pensent plus pouvoir s’épanouir dans un environnement trop lent pour eux et réfractaire au changement.

Puis, la poussière est retombée, il a renoué avec ses anciens amours, et en 2007, l’enfant prodigue était élu pour la première fois comme député du Parti québécois dans Jonquière. Il a ensuite été reconduit dans ses fonctions en 2008, 2012, 2014 et 2018, résistant miraculeusement à la vague caquiste qui a déferlé sur le Québec l’an passé.

Au cours de sa carrière, Sylvain Gaudreault a confondu plusieurs sceptiques, à commencer par cet animateur qui affirmait impunément que les travailleurs d’usine de Jonquière ne voteraient jamais pour une « tapette ». Car oui, Sylvain Gaudreault a également dû défendre son orientation sexuelle lorsqu’il s’est lancé en politique.

Ce fut le cas à l’époque ; ce le fut encore la semaine dernière, lorsqu’un journaliste de la Presse canadienne lui a demandé si les Québécois sont prêts à élire un premier ministre homosexuel. Au moins, il n’aura plus à répondre à cette question d’ici le jour de l’investiture.

Séduire l’establishment

Aujourd’hui, Sylvain Gaudreault est l’un des seuls péquistes debout sur le champ de bataille et il compte redonner ses lettres de noblesse au Parti québécois. Son parcours est édifiant : titulaire de deux ministères sous Pauline Marois, celui des Transports et celui des Affaires municipales, en pleine commission Charbonneau ; chef par intérim du PQ après le départ inattendu de Pierre Karl Péladeau ; rare rescapé de la purge caquiste de 2018…

Mais son curriculum vitae, aussi impressionnant soit-il, ne lui sera pas suffisant pour s’imposer dans la lignée des Lévesque, Bouchard et Parizeau. Il lui faudra des appuis. Pas seulement ceux qu’il a reçus lors de son annonce, lundi dernier. Il lui faudra compter sur l’appui de tous les militants, incluant les plus hautes instances du parti. Pas facile, pour un bon p’tit gars de région éloignée.

Alexandre Cloutier a tenté le coup à deux reprises et chaque fois, il a mordu la poussière. Pourquoi ? Parce que malgré le vent de jeunesse qu’il incarnait, malgré une première course à la chefferie où il s’est illustré, malgré le rêve de renouveau qu’il a animé en campagne, il n’a jamais été en mesure de se faire reconnaître par l’establishment péquiste. Et comme Gaudreault aujourd’hui, Cloutier avait tout en main pour devenir chef. Même qu’on peut dire, sans trop se tromper, qu’il aurait été nettement meilleur que la version incolore et sans saveur de Jean-François Lisée qui nous a été servie lors de la dernière élection générale. Que Sylvain Gaudreault lui-même n’ait pas embarqué dans le mouvement initié par Alexandre Cloutier restera toujours un mystère, d’ailleurs…

Le PQ a besoin d’un changement radical. S’il espère être le principal artisan de cette métamorphose, Sylvain Gaudreault devra non seulement faire une campagne inspirante, mais il devra aussi rassurer ceux qui se blottissent confortablement dans les fantasmes d’un parti usé.

Et ça, c’est loin d’être une promenade dans le parc, comme le veut l’expression.