Le Quotidien s’inscrit en faux

ÉDITORIAL / Le Quotidien s’inscrit en faux contre la chasse aux sorcières entreprise par les propriétaires du Zoo de Falardeau et leur avocat, dont la démarche menace le lien de confiance nécessaire entre les médias et la population.

Au cours de sa carrière de criminaliste, Me Bouchard a sans doute maintes fois débattu la défense d’entrapment, qui se définit tel un traquenard policier visant à étayer la preuve contre un suspect. La partie de pêche à laquelle se livre son client en ce moment est en plusieurs points similaires à cette pratique, comme si les administrateurs du Zoo de Falardeau souhaitaient une réaction qui leur permettra, ultimement, d’identifier les sources qui se sont confiées à la journaliste Laura Lévesque.

Pour l’initié, une mise en demeure n’a guère plus de valeur que le papier sur laquelle elle est écrite, surtout lorsque le destinataire n’a rien à se reprocher au sens de la loi. Or, pour l’individu qui n’a jamais eu affaire au monde de la justice, une missive avec pour en-tête le logo d’une étude d’avocats peut susciter la peur, voire l’anxiété. Elle peut également engendrer des coûts significatifs s’il décide de consulter un juriste.

L’envoi aléatoire de cinq mises en demeure adressées à d’ex-employés du Zoo de Falardeau, qui laisse planer un risque de poursuite sérieux, a pour effet de fragiliser l’un des éléments fondamentaux de la Charte, soit la liberté d’expression. Cette même liberté d’expression qui permet à une personne de dénoncer une injustice ou des agissements répréhensibles dont elle a été témoin, sans la crainte de représailles indues.

Le journaliste doit quant à lui pouvoir exercer ses fonctions dans un environnement qui lui permet d’enquêter librement et de valider les informations qu’il recueille. Il doit par ailleurs être en mesure de garantir la protection de ses sources.

Nous maintenons sans réserve que dans le dossier du Zoo de Falardeau, la journaliste Laura Lévesque a effectué un travail exhaustif en s’assurant de valider chaque information qu’elle a recueillie sur une période d’environ trois semaines. Les textes qu’elle a publiés, comme ceux qui pourraient être rédigés à l’avenir sur le même sujet, sont le fruit de démarches menées dans les règles de l’art.

Aussi, nous nous élevons contre tout acte d’intimidation qui pourrait être commis à l’endroit des citoyens qu’elle a rencontrés au cours de son enquête, de même qu’envers ceux ou celles qui ne sont aucunement liés à la production desdits articles et qui pourraient avoir reçu l’une de ces cinq mises en demeure.

Le droit reposant sur des dogmes, c’est-à-dire des vérités fondamentales et indéniables, il nous apparaît tout à fait irresponsable que le Zoo de Falardeau se prête à un stratagème qui ratisse très large, qui vise essentiellement à débusquer les sources de notre journaliste.

Objets de deux enquêtes de la Sûreté du Québec et d’une autre du ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs du Québec, les propriétaires du Zoo de Falardeau devront démontrer, dans un court délai, que leurs pratiques respectent la mission de protection et de bien-être animal qu’ils se sont donnée.

M. Gagnon a beau affirmer n’avoir rien à se reprocher, ce seront les faits et non ses paroles qui feront foi de tout.