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Daniel Côté
Le Quotidien
Daniel Côté
La salle Michel-Côté, à Alma
La salle Michel-Côté, à Alma

Le questionnement

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ÉDITORIAL / Pour les consommateurs de culture, la saison des vacances est synonyme de festivals. L’été est si court qu’on souhaite profiter de toutes les occasions pour voir des spectacles à l’extérieur. On est prêt à sacrifier sur le son et le confort afin de rafraîchir sa banque de souvenirs. Quand l’hiver sera venu, il sera doux de se remémorer le passage d’un artiste chéri à Festirame, un rappel décoiffant aux Rythmes du Monde, la joie des enfants lors d’un spectacle de marionnettes.

C’est une période où la vie normale se trouve entre parenthèses, ce qui sera plus vrai que jamais cette année. Non seulement les festivals reprennent-ils des couleurs, après le carême subi en 2020, mais le succès de la campagne de vaccination ouvre la porte à des rassemblements plus substantiels. Même sans le volet international, les programmations dévoilées jusqu’à maintenant permettent d’anticiper de jolies soirées sous les étoiles, partout au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Ça fera du bien au moral, en espérant que ce ne soit pas qu’une trêve. Si la grande majorité de nos concitoyens arrivent aux portes de l’automne avec deux doses inscrites dans leur dossier, il y a des chances que cette plage de félicité résiste à l’arrivée du temps froid, qui coïncide avec le retour des artistes dans les salles. L’offre, qui s’annonce abondante, comprendra un savant mélange de reports et de nouvelles propositions. Pas de doute qu’elle sera attrayante, mais comment réagira le public ?

À trois mois de cette rentrée, la plus substantielle depuis 2019, cette question laisse filtrer un voile d’inquiétude nourri par ce qui s’est passé dans les derniers mois. Ou plutôt par ce qui ne s’est pas passé. On aurait pu croire qu’avec des jauges réduites à leur plus simple expression, genre 200 places au lieu de 800, il aurait été routinier d’afficher complet. Or, des témoignages recueillis récemment montrent que ce ne fut pas le cas. En maints endroits, on a eu l’impression que la vente de billets plafonnait prématurément.

« Ça a bien été, mais c’est quand même tranquille. Alors que notre capacité jouait autour de 150 personnes, selon les bulles, la moyenne des assistances s’est élevée à 130 », a raconté Céline Fortin, directrice culturelle du Comité des spectacles de la Salle Desjardins-Maria-Chapdelaine de Dolbeau-Mistassini. Oui, il y avait moins de gros noms et le temps doux a favorisé les abstentions. On peut également supposer que certaines personnes craignaient de s’enfermer dans une salle, même en distanciation. N’empêche que ça fait réfléchir.

Or, un constat similaire a été dressé par Claudine Bourdages, directrice de la programmation et du marketing à Diffusion Saguenay et présidente d’Objectif Scène, l’organisme qui regroupe la plupart des diffuseurs du Saguenay-Lac-Saint-Jean. « Les gens sont là parce qu’on a de petites salles, mais ce n’est pas la frénésie à la billetterie. Le milieu de la culture a été affecté de façon foudroyante par la pandémie. Le travail de plusieurs années devra être refait », a-t-elle confié au Quotidien.

Ce qui la préoccupe, entre autres, ce sont les abonnements. Ils aident à fidéliser la clientèle en lui offrant des tarifs avantageux. Le problème est qu’en raison de la pandémie, cet édifice patiemment construit a été ébréché. Difficile de préserver une forme de continuité quand on doit mettre la clé dans la porte pendant des mois, reporter le même événement deux ou trois fois. Puisque des réflexes se sont perdus, il faudra relancer la clientèle, en espérant qu’elle se montrera réceptive.

« Les habitudes de vie ont changé et nous devrons revoir nos pratiques », estime Claudine Bourdages. Elle a sans doute raison, mais ce chantier s’annonce ardu, avec à la clé un enjeu économique qu’on aurait tort de minimiser. Après la saison des cigales viendra donc celle des fourmis, qui auront besoin de toutes leurs ressources pour relever ce défi.