Le prix à payer

ÉDITORIAL / Il n’est jamais trop tard pour bien faire ; c’est vrai. Par contre, il faut être plutôt naïf pour croire que la direction d’Arianne Phosphate renoncera à la construction d’un terminal portuaire sur la rive nord du Saguenay, à cette étape de son projet. Désormais, cet élément fait partie intégrante du plan d’affaires de l’entreprise et est indissociable de sa concrétisation.

Un troisième port sur le Saguenay aura-t-il un impact visuel pour les kayakistes et pour les résidants de Saint-Fulgence ? C’est évident. Est-ce que sa construction éventuelle fait l’unanimité ? Non. Aucun projet de ce type n’obtient la faveur de tous.

Maintenant, une fois ces constats exprimés, il faut tenter de comprendre pourquoi le promoteur a choisi cette option plutôt qu’une autre. Sur ce point, il n’y a pas lieu de croire que la direction d’Arianne Phosphate n’a pas fait ses devoirs, bien au contraire. Son mandat était d’élaborer le projet le plus rentable possible, en tenant compte de toutes les contraintes et responsabilités sociales qui s’y rattachent.

Certains semblent avoir oublié qu’en 2013, Arianne Phosphate souhaitait construire un centre de transbordement à Alma, d’où le minerai issu du gisement du lac à Paul devait être acheminé à Grande-Anse. Mais en octobre de la même année, la direction a revu ses plans, et c’est à ce moment que la construction d’un port à Saint-Fulgence a été évoquée pour la première fois. Rentabilité, contraintes, responsabilités sociales.

C’était il y a près de six ans.

Étrange coup de gueule

Le conseiller municipal Simon-Olivier Côté ne nous a pas habitués aux positions tranchées depuis son entrée à l’hôtel de ville. Au contraire, plusieurs lui reprochent d’avoir été plutôt timide dans différents dossiers, notamment celui de l’Amphithéâtre +, qui le concerne pourtant directement. Et puis là, dans une envolée sortie de nulle part et, surtout, unilatérale, il se positionne contre un troisième port sur le Saguenay. Pourquoi ? Pourquoi si tard ? Pourquoi relancer un débat vieux de 2013 ? Et surtout, pourquoi un élu reconnu pour sa grande prudence s’est-il ainsi exposé à la critique de ses pairs et de ses concitoyens ?

La réplique ne s’est pas fait attendre. « Le bébé est sur le bord d’arriver au monde. Ce n’est pas le temps de lui donner un coup de pied », a imagé le conseiller Marc Bouchard, en réaction à la sortie de son collègue. S’en sont suivi d’autres ripostes du milieu, dont celle de Carl Laberge, directeur de l’Administration portuaire de Saguenay, qui est catégorique ; pas de terminal, pas de projet de mine.

Quoi que prétendent les opposants au projet, cette menace n’est pas une chimère. Dans l’élaboration d’un projet de cette envergure, le moindre détail compromettant la rentabilité peut avoir une incidence fatale. Ce n’est pas sans fondement que la compagnie a fait marche arrière en 2013. Aucun dirigeant ne prend une telle décision sans avoir évalué scrupuleusement toutes les options.

Le troisième port est nécessaire, n’en doutons pas, malgré les inconvénients qu’il engendre pour certains.

Le Saguenay–Lac-Saint-Jean est une région industrielle qui, depuis très longtemps, espère l’arrivée de grands chantiers pour relancer et diversifier son économie. L’avancement des projets de Métaux BlackRock, de GNL Québec et d’Arianne Phosphate est une occasion de mieux nous positionner sur l’échiquier provincial, national et international, autrement que par le biais de l’aluminium ou de l’industrie forestière.

Et le prix à payer pour voir aboutir le projet minier d’Arianne Phosphate est un troisième port sur le Saguenay. Est-il trop élevé ? La réponse est non.