Le premier ministre des régions

ÉDITORIAL / Bernard Landry aura marqué l’histoire de la politique québécoise par son ascension jusqu’à la fonction de premier ministre, ses accomplissements, son ardeur à défendre le projet souverainiste et son engagement en matière de sociale démocratie. Or, s’il est un hommage qui doit lui être rendu d’ici, au Saguenay-Lac-Saint-Jean, c’est celui d’avoir été l’un des chefs d’État les plus soucieux des régions et de leur devenir.

Envers et contre tous, l’ancien premier ministre a toujours défendu le droit des régions d’exister et de se développer dans un Québec global, toujours dans l’optique que celles-ci soient parties prenantes d’une nation souveraine.

Pour notre région, Bernard Landry est ni plus ni moins le père de la Vallée de l’aluminium telle qu’on la connaît. Comme le souligne l’ancien directeur général du Centre québécois de recherche et de développement de l’aluminium (CQRDA), Lucien Gendron, il a livré son premier combat pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean en 1976, alors qu’il était le négociateur gouvernemental mandaté par René Lévesque afin que le centre de recherche d’Alcan ne soit pas déménagé à Kingston, en Ontario. Près de deux décennies plus tard, en 2002, comme premier ministre cette fois, il a confirmé l’aluminium comme créneau d’excellence de la région dans le cadre du programme ACCORD, un statut qui donnait accès à des crédits d’impôt pour les entreprises locales spécialisées dans la deuxième et la troisième transformation. Envers et contre tous ceux qui qualifiaient cette politique d’injuste, notamment en Beauce, il a maintenu le cap et a permis à une grappe de PME de prendre forme dans les différents quartiers industriels de la région.

Bernard Landry ne s’en est jamais caché : il considérait l’aluminium comme l’un des principaux vecteurs de l’économie du Québec. Chaque année, même après sa retraite de la politique active, il assistait au cocktail annuel de l’Association de l’aluminium du Canada, un événement où j’ai eu l’occasion de lui parler à quelques reprises.

Quelle que soit la nature de nos entretiens, qu’ils soient à micro fermé ou non, il se félicitait toujours d’avoir défendu bec et ongle les contrats énergétiques liant Hydro-Québec et Alcan, devenue Rio Tinto. Comme cette fois, en septembre 2008 : « J’ai vu un certain nombre de critiques se convertir récemment, ce qui m’a fait chaud au cœur. Ces personnes qui m’ont massacré parce que j’étais en faveur de l’industrie de l’aluminium ont refait leurs calculs. Ils ont constaté qu’il est plus valable de faire travailler des gens au Saguenay-Lac-Saint-Jean que de climatiser des édifices érigés à Boston. »

Il comprenait que chaque kilowatt accordé à une entreprise comme Alcan était plus payant, en bout de ligne, qu’une même quantité exportée hors des frontières du Québec. Il savait que l’industrie était génératrice d’emplois de qualité, certes, mais encore plus de synergie socioéconomique et de savoir, des acquis souvent non quantifiables, mais essentiels au dynamisme d’une région.

L’empreinte de Bernard Landry sera toujours bien visible dans le paysage du Royaume, non parce qu’il a été premier ministre, mais plutôt parce qu’il plaçait cette parcelle de territoire au même rang que les grandes agglomérations de Québec ou de Montréal. Rien que ça : ce respect pour les régions qu’il exprimait dans la parole comme dans les gestes, sans égard pour la critique. Combien d’autres premiers ministres ont su en faire autant, dans l’histoire récente du Québec ? Aucun.

Requiescat in pace, M. Landry.