Le président-directeur général d'Ubisoft, Yves Guillemot, et le président-directeur général des studios d'Ubisoft Montréal, Québec et Toronto, Yannis Mallat, étaient accompagnés du premier ministre Philippe Couillard, du ministre des Finances Carlos Leitao, ainsi que du maire de Saguenay Jean Tremblay.

Le premier chapitre

ÉDITORIAL / Les médias parleront d'abord des 125 emplois créés, puis des 135 millions d'investissements promis au cours des dix prochaines années. Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, on applaudira la nomination d'un directeur originaire de la Côte-Nord, Jimmy Boulianne, un « voisin » d'origine qui effectue un retour aux sources. On expliquera ensuite ce qu'est le développement de « l'expertise online », spécialité dédiée au studio Ubisoft Saguenay, et on rêvera, pour les générations à venir, d'une carrière en design graphique, en modélisation, en animation, en conception de son ou en conception de niveau de jeu. Et malgré l'ampleur de la nouvelle et l'importance qu'elle représente pour le milieu, viendra enfin l'éternelle et inévitable critique.
« La stabilité du taux de crédit d'impôt pour la production de titres multimédias à 37,5 % sur les emplois admissibles sur les 10 prochaines années. » En français : une décennie d'avantages fiscaux pour créer de l'emploi. Cette mesure s'applique déjà dans l'industrie, et sème la controverse ailleurs. Imaginez, des emplois subventionnés à l'autre bout de la Réserve faunique des Laurentides.
Cette critique sera donc l'élément qui fera débat dans les prochains mois, voire les prochaines années. Habituons-nous ! Il s'en trouvera pour dire que Québec dilapide le bien public au profit de la grande entreprise. Le discours est connu, Rio Tinto en a été maintes fois la cible.
Car oui, c'est un fait, Québec doit payer pour créer de la richesse là où la défriche est encore fraîche. Et non, jamais une multinationale de l'envergure d'Ubisoft ne s'implanterait à Saguenay sans d'abord avoir été chaleureusement invitée, puis accueillie avec le tapis rouge. Ce sont les règles du jeu et cette fois-ci, le Saguenay-Lac-Saint-Jean a remporté la mise. 
Autrefois, nos cours d'eau ont conduit à l'industrialisation d'une contrée lointaine baptisée Arvida. Celle-ci sera bientôt reconnue comme patrimoine historique de l'UNESCO. S'en trouve-t-il encore pour condamner les permissions allouées jadis à l'Aluminum Company of Canada ?
Le premier ministre Philippe Couillard signe aujourd'hui la préface d'un nouvel opus de l'histoire du Saguenay-Lac-Saint-Jean. L'organisme Promotion Saguenay a lui aussi le mérite d'avoir séduit le président et co fondateur d'Ubisoft, Yves Guillemot, de même que ses plus proches conseillers. Or, cette annonce doit être davantage un commencement qu'une fin en soi.
Cette première intrusion majeure du multimédia ne pourrait-elle pas paver la voie à d'autres investissements, par exemple la mise en place d'un centre de données en zone nordique, implanté au pays du froid et de l'abondance hydroélectrique, à l'abri de secousses sismiques ? Car il est là, le futur immédiat ; le Big Data, c'est-à-dire l'emmagasinage et la préservation de toutes les données, de la plus insignifiante à la plus cruciale. Des 0 et des 1 qui, codifiés, sont l'essentiel de quotidien universel, accessible en une fraction de seconde de n'importe où dans le monde.
Dans cette industrie, les contraintes de distances qui ont nui à l'épanouissement de la transformation de l'aluminium en territoires limitrophes ne tiennent plus ; finis aussi les désavantages liés à la proximité des marchés. Dans ce créneau, tous jouent à armes égales. Avec le numérique, la Terre n'est qu'un village.
Et dans ce village, si vous deviez faire un choix entre le pont Champlain et les paysages bucoliques des monts Valin, tels que mis en valeur dans la promo d'Ubisoft, que choisiriez-vous ? Si vous étiez ingénieur en informatique, à salaire égal, opteriez-vous pour un condo hors de prix dans un grand centre urbain, ou seriez-vous davantage attiré par une demeure confortable, érigée sur un terrain vaste et gazonné, à cinq minutes du bureau, à vélo ? Plusieurs vont certainement se poser la question. 
Mais en attendant, il sera toujours possible de jouer au prochain volet d'Assassin's Creed, attendu à l'automne, en ressentant une certaine fierté, ne serait-ce que celle de compter Ubisoft comme nouveau citoyen de Saguenay.