François Gagnon, vérificateur général

Le pouvoir, sur un plateau d’argent

ÉDITORIAL / Apprendre de la bouche même du vérificateur général que les anciens membres du conseil exécutif de Promotion Saguenay ont cédé tous leurs pouvoirs à un seul homme, le président et directeur général Ghislain Harvey, est révoltant ; c’est une insulte inqualifiable envers tous les payeurs de taxes de Saguenay. En 2015, par résolution, ces supposés dirigeants ont signé un chèque en blanc de 12 millions de dollars à un seul homme, sans même conserver un droit de regard sur les dépenses de ce dernier. Des marionnettes de chiffon auraient démontré plus d’envergure que ces administrateurs fantoches.

Il faut préciser qu’aucune fraude n’a été soulevée par le vérificateur François Gagnon, au terme de son analyse de Promotion Saguenay. Rien de criminel non plus. Par contre, à défaut d’avoir identifié des irrégularités importantes, le VG a néanmoins livré des constats qui laissent perplexe et surtout, qui confirment ce que tout le monde craignait : le destin de Saguenay a reposé pendant des années entre les mains de deux individus, soit Jean Tremblay pour le volet politique et Ghislain Harvey pour tout ce qui touche l’exécutif. Les autres n’étaient que des acteurs de soutien.

Dans un régime plénipotentiaire tel que celui de l’ancien maire, il n’y avait pas lieu de s’encombrer d’un cadre ou de toutes autres balises de gouvernance. Qui s’en souciait ?

Aussi, faut-il être surpris lorsque M. Gagnon dit n’avoir trouvé aucun document d’approbation pour les rapports de dépenses ou pour la carte de crédit corporative de Ghislain Harvey ? Faut-il être stupéfait quand il nous apprend que la vice-présidente exécutive, Priscilla Nemey, n’a fourni aucune pièce justificative pendant trois ans, jusqu’à la veille de l’élection de 2017 ?

Repas avec boissons alcoolisées, organismes subventionnés en double par la Ville et par Promotion Saguenay, activités à l’extérieur du pays annulées aux frais des contribuables, factures de plus de 10 000 $ n’ayant pas été autorisées par le conseil exécutif, contrats accordés sans information explicite…

La coupe est pleine, direz-vous ? Pas encore.

Vous vous souvenez le don de 500 000 $ alloué par Saguenay au Zoo sauvage de Saint-Félicien ? Eh bien, la Ville a entièrement déposé la somme dans le compte de Promotion Saguenay. L’organisme a ensuite signé un chèque de 100 000 $ comme premier versement, puis a conservé les 400 000 $ restants dans ses coffres. Cet argent est-il encore là, dédié aux prochains versements annuels ? Même le vérificateur général ne peut répondre à la question.

Et la saga du contrat de Ghislain Harvey, approuvé en 2015, puis modifié en juin et en novembre 2017, ça vous rappelle quelque chose ? À ce sujet, le vérificateur Gagnon écrit : « Nous n’avons aucune “évidence” dans les procès-verbaux du CA que les informations sur ces conditions leur ont été présentées. » Le préfet Gérald Savard n’a-t-il pas admis avoir endossé ce contrat de travail sans même l’avoir lu ?

La triste réalité, c’est que Ghislain Harvey faisait ce qu’il voulait, quand il le voulait, sans rendre de compte à qui que ce soit.

Cœurs sensibles s’abstenir : le rapport du vérificateur général ne fait que mettre en relief les lacunes observées à Promotion Saguenay, sans élaborer sur le modèle de gouvernance. Un autre rapport, celui du ministère des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire, sera rendu public sous peu et risque d’être bien plus mordant et sévère à l’endroit de Ghislain Harvey et de ceux qui lui ont donné tous leurs pouvoirs sur un plateau d’argent.