Philippe Couillard

Le pouvoir avant tout

ÉDITORIAL / L’élection partielle dans Roberval n’est pas encore déclenchée, aucun candidat n’est encore officiellement investi, et pourtant, il ne fait aucun doute que la Coalition avenir Québec amorcera la course avec une importante longueur d’avance sur ses adversaires. L’ex-premier ministre Philippe Couillard a beau quitter ses fonctions avec un taux de satisfaction impressionnant de près de 70 %, son parti peine à obtenir 27 % dans les intentions de vote. Paradoxal ? Aucunement. Car avant tout, Roberval aime le pouvoir.

Il y a quelques semaines, l’ancien député fédéral Denis Lebel me reprenait — de façon courtoise — sur cette affirmation que j’ai répétée à plus d’une reprise au cours de la campagne électorale provinciale. Selon lui, les Robervalois « votent pour le candidat » davantage qu’en fonction du pouvoir. L’ancien ministre conservateur appuyait sa rhétorique sur sa dernière réélection, lorsque Stephen Harper a perdu le pouvoir. Il évoquait également les 14 années où Michel Gauthier, du Bloc québécois, a régné en maître sur la circonscription.

Dans un cas comme dans l’autre, et cela s’applique également à Philippe Couillard ou à l’actuel député fédéral, le libéral Richard Hébert, les gens de Roberval ont en effet choisi des candidats de qualité, jouissant d’une bonne notoriété. Mais, sans rien leur enlever, l’histoire démontre aussi que chacun de ces candidats s’est présenté devant l’électorat avec une carte maîtresse : son parti.

Outre Michel Gauthier, qui a capitalisé sur le phénomène que représentait autrefois le Bloc québécois, tous pouvaient légitimement prétendre au pouvoir, sinon le garantir dans le cas d’une élection partielle.

Le taux de satisfaction à l’égard de Philippe Couillard, tel que rapporté dans le sondage de Recherche Mainstreet, témoigne d’une reconnaissance envers l"homme qui a apporté énormément à sa circonscription. Grâce à ses fonctions ; grâce au pouvoir.

Les réélections de Denis Lebel étaient elles aussi attribuables à ce qu’il a obtenu pour sa circonscription. Grâce à son rôle de ministre ; grâce au pouvoir.

Richard Hébert a remporté l’élection partielle d’octobre 2017 au terme d’une campagne fort bien menée, mais d’abord et avant tout grâce au pouvoir que faisait miroiter le Parti libéral du Canada.

Le pouvoir, Roberval y a aussi goûté au provincial avec le péquiste Denis Trottier et le libéral Karl Blackburn, au cours des dernières décennies.

Et chaque fois, l’expérience s’est avérée profitable.

De toutes les variables, celle de l’attrait du pouvoir est sans aucun doute la plus significative à l’approche de la prochaine partielle.

Sans allégeance

Cela dit, la Coalition avenir Québec ne peut espérer ravir Roberval sans y consacrer les efforts nécessaires.

Avec Denise Trudel, le premier ministre François Legault a misé sur une candidate parachutée pour affronter son prédécesseur. Était-ce parce qu’il n’a jugé aucune candidature locale plus intéressante ou parce qu’il ne souhaitait pas investir davantage dans une cause perdue d’avance ? Peu importe. Opportunisme aidant, il y a fort à parier que le premier ministre actuel aura l’embarras du choix cette fois-ci, un luxe que n’auront vraisemblablement pas les autres formations politiques.

Et c’est là que ma conversation informelle avec Denis Lebel prend tout son sens. Parce que s’il est vrai que sans un pilote aguerri, même la plus puissante des F1 ne pourra l’emporter sur ses rivales, il est encore plus vrai que le pilote le plus talentueux du monde ne terminera pas la course à bord d’un citron.

La loi électorale est ainsi faite qu’avec un candidat de qualité, la CAQ a toutes les chances de s’approprier un 75e siège à l’Assemblée nationale. Surtout dans une circonscription comme celle de Roberval, qui n’a d’autre allégeance que ses propres intérêts.