Le Palace doit être rénové coûte que coûte

ÉDITORIAL / Il y a de ces projets qui ne peuvent être abandonnés, quelles que soient les embûches et les imprévus qui se dressent sur le chemin de leur réalisation. Celui du Palace Théâtre Arvida en est un, et il faut se réjouir de voir le conseil municipal de Saguenay remuer ciel et terre pour combler l’importante explosion des coûts qui est rapportée dans nos pages ce matin, sous la plume de la journaliste Mélanie Côté.

Érigé en 1927, ce bâtiment patrimonial, témoin de l’arrivée des premières salles de cuves d’Alcan, constitue un des joyaux architecturaux appartenant non seulement à Arvida ou à Saguenay, mais bien à toute la région. Son destin ne peut se résumer à des dépassements de coûts de quelque 2,8 millions de dollars.

Trop souvent, certains politiciens ou propriétaires privés ont lancé la serviette sur notre héritage collectif, séduits par la modernité ou par intérêts purement pécuniaires. Des bâtisses ayant survécu aux époques ont ainsi croulé sous le pic des démolisseurs, emportant avec elles tous leurs souvenirs.

Certes, la surprise est de taille : comment peut-on avoir ainsi sous-estimé l’ampleur des travaux et la facture qui s’y rattache ? Quarante-huit pour cent, ce n’est pas banal. Or, plusieurs éléments permettent de mieux comprendre la situation.

La rénovation d’un édifice comme Le Palace est un chantier risqué pour quiconque ose s’y aventurer. L’état incertain d’une infrastructure aussi âgée, surtout dans le contexte où celle-ci est interdite d’accès depuis cinq ans, recèle sans doute d’importants imprévus. Rien que pour la maçonnerie, les estimés initiaux étaient quatre fois moins élevés que les sommes exigées par les différentes compagnies ayant déposé une soumission.

Ce projet est très ambitieux, et invariablement, il fut très difficile de définir, avec exactitude, l’étendue des travaux à effectuer. À preuve : à peine trois entreprises ont tenté d’obtenir le contrat, alors qu’au déclenchement de l’appel d’offres, elles étaient neuf à avoir consulté les plans et devis.

Dans une lettre adressée à la ministre de la Culture et des Communications, la mairesse Josée Néron évoque l’urgence pour Québec d’intervenir et d’absorber, à parts égales avec Saguenay, les dépassements de coûts. Le député de Jonquière à l’Assemblée nationale, Sylvain Gaudreault, est lui aussi intervenu personnellement auprès de la ministre Roy, mardi, rappelant avec justesse qu’il serait impensable de laisser tomber Le Palace, alors que Québec vient tout juste de reconnaître Arvida comme site patrimonial désigné. Selon lui, la ministre s’est montrée très réceptive.

Nous ferions le tour de tous les élus du Saguenay–Lac-Saint-Jean, tous paliers et toutes allégeances confondus, et nous aurions sans doute un sentiment unanime d’approbation envers ce projet. Non pas uniquement parce qu’il s’agit d’une rénovation qui s’inscrit dans une volonté de redynamiser le secteur d’Arvida, mais surtout parce qu’il est crucial de conserver certaines parcelles de notre histoire pour les générations à venir.

Mais le temps presse. Le 18 juin, la soumission retenue il y a près de trois mois sera échue, et le processus d’appel d’offres devra être repris depuis le départ. Nul ne souhaite un tel dénouement, à un moment de l’année où les entreprises débordent de contrats et où la main-d’oeuvre se fait plus rare.

Non, il n’y a aucun autre scénario envisageable ; Québec doit confirmer sa présence et faire en sorte que les travaux se réalisent enfin au Palace.