Richard Martel, candidat conservateur

Le lièvre et la tortue

ÉDITORIAL / Depuis des mois, le candidat conservateur Richard Martel est partout sur le territoire de Chicoutimi-Le Fjord et multiplie les interventions médiatiques. Il a su incarner le rôle de politicien jusqu’à s’affranchir de son image d’homme de hockey, et c’est sans doute l’une des raisons qui expliquent sa performance dans le sondage publié ce matin pour le compte de Radio-Canada et du journal Le Quotidien. Mais il y a davantage.

À moins d’une semaine du scrutin, Richard Martel est en voie de ravir aux libéraux le siège laissé vacant par l’ex-député Denis Lemieux. Avec 48,5 % des intentions de vote après répartition des indécis, l’ancien entraîneur-chef des Saguenéens jouit d’une avance considérable de plus de 20 points sur sa principale adversaire, la libérale Lina Boivin, qui termine l’exercice effectué par Segma Recherche avec à peine 26,7 %.

Richard Martel a mené jusqu’ici une campagne sur tous les fronts et capitalise sur une notoriété indéniable, certes, mais le contexte lui est également favorable. Les sondages réalisés ailleurs au pays au cours des derniers mois démontrent une baisse de popularité à l’égard du gouvernement et de son chef, le premier ministre Justin Trudeau. Il était prévisible que ce phénomène pan-national se manifeste ici.

À cela s’ajoute l’interminable attente avant que le Parti libéral daigne déclencher l’élection partielle (Denis Lemieux a confirmé son départ en novembre 2017 !). Le Parti libéral avait la chance de contrôler l’agenda, mais il a laissé le champ libre à l’opposition. Erreur stratégique ? Mauvaise lecture de la situation ? Trop d’assurance ? En accélérant le processus, le gouvernement aurait même pu profiter de la victoire de Richard Hébert dans Lac-Saint-Jean, en octobre. Qui, dans Chicoutimi-Le Fjord, se souvient de cette autre partielle et des enjeux qui y ont été discutés ? Pour le momentum, on repassera.

Chicoutimi-Le Fjord n’est pas une circonscription acquise aux libéraux. En fait, elle n’a aucune allégeance historique. Entre 1997 et aujourd’hui, elle a été conservatrice (1997-2000), libérale (2000-2004), bloquiste (2004 à 2011), néo-démocrate (2011 à 2015), avant de redevenir libérale pendant le mandat écourté de Denis Lemieux. Aussi faudra-t-il davantage que deux ou trois bains de foule et des égoportraits pour conquérir le cœur de son électorat. Même l’attrait du pouvoir ne semble avoir aucun effet. Et ça, Richard Martel et son équipe l’ont mieux compris que l’ensemble des stratèges libéraux.

Il faut partir à point
Mais la campagne n’est pas terminée et avec la visite annoncée des chefs de chacun des principaux partis, le portrait est susceptible d’évoluer d’ici lundi.

En 2015, il a fallu à Denis Lemieux 31 % des voix pour l’emporter, avec seulement 600 votes de plus que le député sortant de l’époque, le néo-démocrate Dany Morin, lequel avait été porté par la vague orange quatre ans plus tôt. Clairement, Jagmeet Singh n’engendre pas le même enthousiasme que Jack Layton.

Le candidat Éric Dubois, malgré une campagne soutenue et des interventions bien articulées, se classe quatrième avec un faible 8,3 % des intentions de vote, après répartition des indécis.

Le recul du NPD est néanmoins étonnant puisque même le Bloc québécois fait meilleure figure dans le sondage, malgré l’étourdissante saga de Martine Ouellet. Sans doute, l’essentiel de ceux qui soutenaient Dany Morin ont choisi de migrer derrière Richard Martel. Il en est de même pour la moitié de ceux qui ont opté pour le Bloc en 2015.

C’est une fable de Jean de La Fontaine, Le Lièvre et la Tortue, qui résume le mieux ce coup de sonde : rien ne sert de courir ; il faut partir à point. Les libéraux se sont amusés à tout autre chose qu’à protéger leur circonscription orpheline pendant que Martel, lui, a entrepris un marathon, sans attendre le coup de départ.

Et à deux pas de la ligne d’arrivée, la tortue conservatrice, qui a fini quatrième en 2015, est sur le point de rafler la mise.