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Daniel Côté
Le Quotidien
Daniel Côté

Le leadership tranquille

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ÉDITORIAL / Leadership. Ce mot sera sur toutes les lèvres, en cette année électorale. Les candidats souhaitant remplacer des élus municipaux en useront et en abuseront, suggérant qu’ils en ont davantage que leurs adversaires. Ceux-ci prétendront le contraire, bien sûr, quitte à parler plus fort que d’habitude afin de convaincre les sceptiques.

À Saguenay, ce petit manège est commencé depuis longtemps. On pourrait même affirmer que c’est devenu un bruit de fond, tant cette rengaine est populaire chez les opposants de la mairesse Josée Néron. Chaque fois qu’un dossier traîne en longueur, que des conseillers la contredisent, ça revient avec la régularité d’une horloge suisse.

Le problème est qu’on ne dit jamais ce que ça donnerait, une injection supplémentaire de leadership. On entretient un flou artistique qui permet d’imaginer tout et son contraire. Ça pourrait se traduire par une direction collégiale, comme ce fut le cas si longtemps à Alma. Les maires passaient; la philosophie restait la même.

Il y a aussi la variante autoritaire, dont certains semblent nostalgiques à Saguenay. C’est si simple, en effet, quand une seule personne prend toutes les décisions. Ça peut même être confortable, surtout si on est membres du conseil. On garde un profil bas, on n’affiche aucune ambition, et le tour est joué. En prime, quand un dossier dérape, c’est l’autre qui sert de paratonnerre.

Un grand maire

Un troisième modèle mérite qu’on s’y attarde, puisqu’il a subi avec succès l’épreuve du temps. C’est celui que préconisait Ulric Blackburn, maire de Chicoutimi de 1981 à 1997. Si vous avez bien compté, ça représente quatre mandats consécutifs, dont trois où son parti était minoritaire. C’est seulement à sa cinquième campagne qu’il a été battu par Jean Tremblay.

Pourquoi parler de cet homme dont les jeunes ignorent l’existence et que leurs aînés ont quasiment oublié ? Entre autres, parce qu’il n’avait rien d’un tribun, ce qui tranche avec les verbomoteurs qui sévissent de nos jours. Non seulement s’exprimait-il sur un ton désespérément égal, mais sa manie de ne pas finir ses phrases faisait faire du sang de boudin aux collègues de la radio. Personne ne leur aurait reproché de procéder à des collages.

Même lors des séances du conseil municipal, où les élus soi-disant indépendants formaient un groupe tricoté serré, sous la direction de Claude Gaudreault, Ulric Blackburn affichait une placidité presque surhumaine. Seul un de ses pieds le trahissait, dans les moments de grande contrariété. Il suffisait de jeter un oeil sous la table pour le voir s’agiter.

Bref, il n’était pas un communicateur ni un bagarreur de rue, ce qui ne l’a pas empêché d’être l’un des grands maires de Chicoutimi. C’est sous son règne, par exemple, que la bibliothèque municipale a été aménagée dans l’ancien magasin Woolco, que le parc de la zone portuaire a pris forme, que le boulevard Barrette s’est déployé jusqu’au chemin de la Réserve.

Ajoutons que la création d’un pôle commercial sur le boulevard Talbot, à l’angle du boulevard du Royaume, compte parmi ses faits d’armes. Il était aussi aux commandes lors du déménagement du Musée du Saguenay–Lac-Saint-Jean sur le site de La Pulperie, de la construction de la Réserve navale et du port de Grande-Anse.

La liste est bien plus longue, mais ça donne un aperçu de ce qu’a réalisé Ulric Blackburn, sans jamais faire le matamore. Son leadership tranquille favorisait la collaboration avec les élus provinciaux et fédéraux, toutes couleurs confondues, et a permis aux conseillers municipaux de prendre toute la place qu’ils désiraient.

Si ce n’était de la démolition du Théâtre Capitol, une bêtise absolue, son bilan serait impeccable. Il compte toutefois suffisamment d’éléments positifs pour susciter une saine réflexion, à dix mois des élections. À tout le moins, ça fournira un point de comparaison aux citoyens, chaque fois qu’un candidat se targuera d’être un leader.