Le grand projet de Josée Néron

ÉDITORIAL / L’administration de Jean Tremblay n’a pas joué avec la sécurité des gens dans le dossier du Centre Georges-Vézina. En 2013, les ingénieurs de la firme Roche ont recommandé quatre actions, et la Ville s’est pliée à chacune d’elle, sans restriction. Par contre, à défaut de pouvoir accuser l’ancienne direction de Saguenay d’avoir été irresponsable, les récents événements témoignent d’une époque où remporter des élections passait davantage par un gel de taxes que par l’entretien et la mise à niveau des infrastructures municipales. Et aujourd’hui, c’est l’heure de payer la note.

C’est en 2016 que la dégradation des immeubles appartenant à la Ville a été étalée sur la place publique, dans le rapport du vérificateur général de l’époque, Alain Girard. Ce dernier signait : « (Saguenay) n’a pas de vision à long terme ou d’objectif spécifique en termes de besoin ou d’état souhaité ». Il ajoutait que l’administration Tremblay ne connaissait ni la valeur de remplacement de ses infrastructures immobilières ni le déficit de maintien de ses actifs, des données pourtant essentielles pour mesurer l’indice de vétusté. Faut-il se surprendre de la catastrophe qui s’est abattue sur le nouveau conseil de ville ? 

Mercredi, alors qu’elle rencontrait la presse, Josée Néron s’est bien gardée de décocher des flèches à l’endroit ou de référer au laxisme de son prédécesseur. D’abord, parce que rien ne lui permet d’affirmer que celui-ci a agi de façon insouciante dans le dossier du Centre Georges-Vézina. Mais également, Josée Néron n’avait aucun intérêt à ramener l’ex-maire à l’avant-plan. Surtout maintenant qu’elle a en main une solution inespérée, peu coûteuse, qui lui laisse tout le temps nécessaire pour mettre en branle son principal projet : un amphithéâtre du 21e siècle au centre-ville de Chicoutimi. 

Du temps, c’est tout ce dont la mairesse avait besoin pour atteindre son but. Aussi a-t-elle dû bénir le ciel lorsque les ingénieurs de Gémel lui ont présenté une solution temporaire de 100 000 dollars, qui lui procure un délai de six années.

Josée Néron a beau dire que le conseil décidera de l’emplacement du futur aréna, de façon purement démocratique, elle sait parfaitement qu’elle n’aura aucun mal à convaincre la majorité des élus à l’intérieur de son mandat. 

Elle n’aurait pu imaginer un meilleur scénario. Même les Saguenéens pourront regagner leur domicile à temps pour les séries de fin de saison ! 

Bien jouer ses pions

Toutefois, bien que cet épisode se termine sur une note positive, la saga du Centre Georges-Vézina continuera de faire couler de l’encre, au cours des prochains mois. Mercredi, Josée Néron a admis que la construction d’un amphithéâtre neuf à Chicoutimi aura des conséquences importantes sur la dette de Saguenay, un sujet sensible alors que la Ville vient à peine d’augmenter les taxes foncières de 4 %.

Dans les circonstances, la mairesse devra jouer ses pions de façon adroite et stratégique si elle souhaite vendre aux électeurs un projet d’une telle envergure. Lorsque Le Quotidien a révélé que le conseil analyse l’option du centre-ville, dans son édition du 22 février dernier, un nombre significatif de citoyens ont exprimé leur désaccord et, à en juger à leurs propos, les faire changer d’avis ne sera pas une tâche facile. 

Encore une fois, le meilleur allié de Josée Néron sera le temps dont elle dispose pour expliquer le bien-fondé de sa démarche et attacher un montage financier responsable, qui mettra à profit le gouvernement. Un luxe qu’elle a failli perdre, pressée par l’urgence d’agir. 

Aujourd’hui, Josée Néron peut respirer à son aise, car elle a repris le contrôle de l’agenda.