Bertrand Tremblay et Richard Desjardins au cercle de presse du Saguenay

Le départ d'un grand

ÉDITORIAL / Celui qui a signé des éditoriaux et des chroniques dans ce même espace pendant des décennies, Bertrand Tremblay, a rendu l’âme vendredi et, même si sa famille et ses proches le savaient malade, ce fut un choc.

Parce que Bertrand Tremblay, le journaliste, l’éditorialiste et le chroniqueur, semblait immortel. Il a été de tous les sujets et de tous les grands combats du Saguenay-Lac-Saint-Jean tout au long de sa carrière. Il était dans la plus pure tradition de la pensée engagée pour le bien commun et l’intérêt supérieur de sa région. 

Il a mis sa plume au service des siens ; tout ce qui pouvait affaiblir et enlever des pouvoirs au Saguenay-Lac-Saint-Jean faisait l’objet d’une réflexion et d’une dénonciation. D’ailleurs, plusieurs grands combats régionaux ont eu comme point de départ un éditorial de Bertrand Tremblay. Un de ses combats les plus mémorables a, certes, été pour le maintien du centre de recherche d’Alcan dans la région.

Quand Bertrand Tremblay a appris qu’Alcan, dans les années 70, avait l’intention de déménager son centre de recherche en Ontario, il a aussitôt mobilisé la région pour contrer ce projet. Il avait saisi et mesuré, avec justesse, que c’était le début de la fin pour la région en ce sens qu’elle devenait condamnée à ne produire que de l’aluminium.

Il a exercé son métier avec dignité et noblesse, incarnant tout le sérieux de ses fonctions. Il avait fait en sorte qu’un premier ministre ou un ministre important qui vient dans la région lui accorde une entrevue ou passe par une table éditoriale. Il n’était pas rare que ces hommes d’État le désignent par son prénom.

Il aimait sortir de l’actualité, aller au fond des choses, de là l’idée de fonder le Cercle de presse, une tribune plus large, qu’il voulait un endroit où les invités allaient se faire cuisiner. 

Une grande distinction de l’homme est son humilité. Jamais, il ne s’est placé en avant de ses bons coups. Affable, il avait sa manière à lui de se placer en position d’apprentissage même avec les journalistes qu’il avait pourtant élevés. Il abordait les gens en leur posant une question, même si la plupart du temps il avait une idée de la réponse.

Dire qu’il aimait l’information est une évidence, mais il aimait aussi les artisans de l’information. Qui n’a pas eu un compliment de Bertrand Tremblay ou un mot d’encouragement qui montre que vous êtes dans la bonne direction ?

Bertrand Tremblay était un homme attachant que ses proches aimaient taquiner. Chaque fois, il se faisait prendre au jeu, trop concentré sur le côté sérieux d’une chose ou d’une personne. Ses anciens collègues ont tous une blague à raconter à son sujet.

Son bureau sentait l’homme studieux, qui lisait ses dossiers, s’informait jusqu’à effacer le doute. À une certaine époque, c’était intimidant de le côtoyer tellement il représentait la conscience de la région. Pour un jeune dans les années 60, 70 et 80, Bertrand Tremblay c’était le penseur à la pipe, une habitude qui ajoutait à son personnage.

Il ne s’est jamais détaché de son premier amour, le sport. Jusqu’à la fin de sa vie, il aura eu sa place sur la galerie de presse du centre Georges-Vézina pour observer, en fin connaisseur, les Saguenéens. Il ne pouvait s’empêcher, quelques fois par année, de prendre son espace éditorial pour s’escrimer sur le hockey.

Ses connaissances et sa pertinence l’avaient placé au cœur de la petite révolution grise dans les années 90. Grâce à un désir ardent de la région de se diversifier, l’aluminium a pris de l’expansion vers la recherche, la création de PME spécialisées dans la transformation et vers la mise sur pied d’une filière d’équipementiers. Il a dirigé jusqu’à l’automne 2017 la revue AL13, qui est devenue la référence francophone de l’industrie.

Sa santé a commencé à se détériorer au début de l’année et ses proches ont tenu à témoigner de leur vivant leur admiration. Ainsi, le Club des 21 et le Cercle de presse ont tenu des activités au printemps dernier où Bertrand était présent. 

Il emporte avec lui des tas de souvenirs, mais il laisse au journalisme ce qui est le plus important : la passion, la rigueur, la droiture et une grande soif de liberté.