Le couteau sous la gorge

ÉDITORIAL / Josée Néron a sans doute tout fait pour rallier le conseil de ville à son projet d’amphithéâtre +. En plénière, elle a sûrement tenté l’impossible pour gagner des appuis et éviter une volte-face. Sans doute a-t-elle essayé d’expliquer sa vision à long terme du secteur, en vain. Aussi a-t-elle finalement lancé la serviette.

À moins d’avoir assisté aux discussions entre les élus de Saguenay, impossible de connaître l’ampleur du débat, mais une chose est certaine : la mairesse avait le couteau sur la gorge et n’avait aucune autre option que de s’avouer vaincue.

Tous en conviendront : l’heure était peu propice à une consultation sur le nouvel amphithéâtre, avec la saga des hausses de taxes et la pression exercée par les citoyens de Laterrière. Or, cela ne veut pas dire que le projet était mauvais, bien au contraire. Dans six mois, un an peut-être, les astres auraient possiblement été plus favorables et la mairesse Néron aurait pu, alors, mieux définir ce qu’elle souhaitait réaliser, avec les coûts exacts et les avantages associés à une nouvelle construction.

Mais lundi soir, elle était attendue de pied ferme à la salle Pierrette-Gaudreault de Jonquière. La foule bruyante, hostile et, disons-le, impolie à maintes reprises, aurait été impitoyable si elle avait maintenu le cap. Surtout sans un appui inconditionnel des autres élus. Seule, pratiquement, elle a finalement sacrifié l’amphithéâtre +, laissant au conseiller Michel Tremblay le soin de lire la résolution.

« Écoutez-moi jusqu’à la fin, vous allez être contents », a-t-il déploré afin de faire taire les huées. Et à la fin, en effet, la grogne a fait place à une ovation. Triste réaction de la part de citoyens qui, eux aussi, auraient intérêt à voir leur ville se moderniser et s’embellir. Mais bon, là n’est pas l’objet de cet éditorial.

Ce dénouement est surtout dommage pour les Chicoutimiens, qui avaient là une chance en or de donner une impulsion au secteur centre-ville avec une infrastructure moderne et pluridisciplinaire. Car l’amphithéâtre + était beaucoup plus qu’un aréna. Malheureusement, rares sont ceux qui se sont attardés à tout ce qui aurait pu se greffer à un tel édifice.

Certes, d’autres idées germeront au cours des prochains mois. Certains proposeront des espaces de stationnements, d’autres un aménagement adapté aux campeurs, ou un parc, ou des condos. Il y aura aussi ceux qui préféreront céder le site aux investisseurs privés. Et quoi encore…

Bien sûr, pour les citoyens qui n’y voient qu’une patinoire destinée au Sags et à leurs 2500 amateurs réguliers, l’amphithéâtre au centre-ville n’a aucun sens. Mais, comme mentionné précédemment, l’amphithéâtre + était un projet beaucoup plus vaste. C’était un marché public, une éventuelle passerelle reliant la Zone portuaire et la rue Racine ; c’était une nouvelle scène extérieure, des bureaux, un stationnement à étages revampé. En périphérie, c’était l’émergence potentielle de condos et d’appartements, de restaurants, de magasins spécialisés, de terrasses… L’amphithéâtre +, c’était le retour de la vie urbaine dans un secteur lourdement affligé par l’usure du temps.

C’est ce portrait d’ensemble qu’espérait vendre Josée Néron à la population. Mais comment parler d’un projet de 80 millions $ après avoir imposé deux hausses de taxes consécutives en l’espace de 12 mois, sous prétexte que la Ville croule sous les dettes ?

La mairesse a mis un genou au sol plutôt que de s’exposer à un K.O. imminent. Sage décision. Mais le statu quo est impensable. Il est crucial de penser dès maintenant au centre-ville de Chicoutimi, qui a vu une salle de spectacle lui glisser entre les doigts en 2010. Et oublions la construction d’un nouveau pavillon universitaire ! En ce moment, l’UQAC a besoin de tout sauf d’un nouvel immeuble à entretenir. Il faut un produit d’appel, un attrait de calibre régional qui stimulera le secteur et qui donnera à Chicoutimi un aspect moderne, digne de son statut de ville centre.

Mais malheureusement, il faut croire que certains citoyens s’accommodent encore du spectacle peu édifiant que nous offrent chaque été ces campeurs, qui s’installent sur un espace boueux afin de profiter, à peu de frais, de la vie urbaine de Chicoutimi.