Le contribuable a été ignoré

ÉDITORIAL / Imaginez le pire des scénarios. Donnez-le ensuite au pire des réalisateurs, en lui suggérant de faire appel aux pires acteurs. Soit les spectateurs croiront que le récit était, en fait, une comédie de mauvais goût, soit ils comprendront que vous leur avez littéralement manqué de respect, avec raison. Et au bout du compte, vous aurez dépensé des centaines de milliers de dollars pour un film qui passera à l’histoire pour sa médiocrité. À la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay, c’est exactement ce qui risque de se passer dans les prochaines semaines.

D’abord, il faut garder en tête que la saga juridique impliquant l’ancienne directrice générale Chantale Cyr et son ancien employeur n’est pas terminée.

Cependant, il est de plus en plus envisageable que l’ancienne dirigeante puisse revenir dans ses fonctions conformément à une ordonnance de la cour, elle qui poursuit la commission scolaire pour harcèlement psychologique, lésions professionnelles et congédiement illégal. 

Ce dénouement, elle l’a annoncé telle une prophétie, jeudi dernier : « J’ai aimé travailler à la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay et je suis prête à reprendre ma chaise de directrice générale, mais sans le harcèlement psychologique. Et malgré tout ce qui a été dit ici lors des témoignages, cela ne m’empêcherait pas de revenir travailler avec ces gens qui se sont exprimés », a-t-elle déclaré, devant le juge Guy Roy, du Tribunal du travail.

Certes, le contraire aurait été insensé. Mme Cyr sait très bien qu’elle a tout à gagner en affirmant qu’elle est ouverte à reprendre ses anciennes fonctions. Elle jouirait alors d’un rapport de force incroyable, qu’elle reste en poste ou qu’on lui suggère de céder la place, ce qui serait annexé d’une compensation dont on n’ose imaginer l’ampleur.

Les plaidoiries sont terminées. Cette affaire repose maintenant entre les mains du juge Roy, qui devra déterminer si le congédiement de Chantale Cyr, alors qu’elle était en arrêt de travail, était justifié ou non.

Mais nul besoin de connaître les détails du dernier chapitre pour analyser la cause dans son ensemble. La couverture assidue du journaliste Stéphane Bégin nous permet d’avancer sans risque qu’il s’agissait d’une guerre à finir entre la plaignante et la présidente de la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay, Liz Gagné. Il est également peu hasardeux de prétendre que, tout au long de cette histoire, les considérations du contribuable n’ont jamais été prises en compte.

La Commission scolaire a agi sans égard à une éventuelle poursuite lorsqu’elle a limogé sa directrice générale. Elle a agi de façon tout aussi cavalière lorsque, en pleines procédures judiciaires, elle a octroyé un contrat blindé de cinq ans à celle qui a remplacé Mme Cyr.

Le contribuable a été ignoré d’un bout à l’autre de cet affrontement. Au mieux, les commissaires pourraient prétexter qu’en accordant un contrat à Johanne Allard, ils souhaitaient stabiliser la haute direction en vue de la prochaine année scolaire, mais l’argument ne sera jamais assez convaincant pour éclipser l’amateurisme de cette décision.

Émotion. Voilà le terme qui résume le mieux ce qui s’est passé. Un conflit émotif entre la présidente et la directrice générale d’une commission scolaire. Un litige qui, à terme, pourrait coûter des centaines de milliers de dollars à ceux et celles qui, chaque année, doivent s’acquitter de leurs taxes scolaires.

Or, personne à Saguenay n’a accepté de financer ce piètre spectacle, comme on le fait lors d’une sortie au cinéma. D’autant plus que dans ce cas précis, personne ne peut prédire le montant de la facture finale. Mais une chose est sûre, quel que soit le prix à payer, ce sera toujours trop cher pour le pire des scénarios, le pire des réalisateurs et les pires comédiens…