Ghislain Harvey

Le contrat de la honte

Tout dans le contrat de Ghislain Harvey est révoltant, indécent, inacceptable. Quelle que soit la mise en contexte, chaque page est une gifle au contribuable de Saguenay. Et s’il est un grand responsable de ce scandale, outre le principal intéressé, il s’agit de l’ancien maire Jean Tremblay. Il a abusé du contrôle qu’il avait sur le conseil d’administration de Promotion Saguenay pour offrir un pont d’or à son allié le plus précieux, impunément et sans opposition, aux frais des contribuables.

Les administrateurs de Promotion Saguenay qui ont entériné ce pacte devraient eux aussi être blâmés, car on ne peut plaider l’aveuglement volontaire. Et dans les faits, quelle que soit la raison, ils ont endossé un document qui accordait à Ghislain Harvey, un employé de corporation municipale, une rémunération plus élevée encore que celle du premier ministre Philippe Couillard. Et ce, pour une dizaine d’années. 

Personne autour de cette table n’a songé à remettre en question les clauses du contrat. Pas même le vice-président du c.a. et actuel préfet de la MRC du Fjord-du-Saguenay, Gérald Savard, cosignataire du document. Jean Tremblay leur a simplement dit : « Ghislain, c’est le meilleur », puis ils ont acquiescé tels de bons serviteurs. À quoi bon réfléchir quand ce sont les payeurs de taxes qui assument la facture ? 

Or, ces mêmes payeurs de taxes ont choisi, le 5 novembre dernier, d’élire Josée Néron à la tête de la ville et, parallèlement, de rejeter massivement le Parti des citoyens, fondé par l’ex-maire Tremblay. Et aujourd’hui, plus le voile se lève sur les méthodes de l’administration précédente, plus le choix de l’électorat apparaît judicieux. 

La divulgation du contrat de l’ancien président-directeur général de Promotion Saguenay ne doit pas être le point final de cette saga. Trop de questions demeurent en suspens et trop de personnes doivent s’expliquer, au premier chef le préfet Savard, également maire de Bégin. 

En entrevue, il affirme avoir approuvé le contrat sans l’avoir lu, sur la seule recommandation de Jean Tremblay et de l’avocat Pierre Mazurette. À titre de vice-président, il était pourtant imputable. 

L’administration publique requiert une rigueur infaillible, et Gérald Savard ne s’est pas élevé au niveau de sa tâche. Il en est de même pour tous les membres du conseil d’administration de Promotion Saguenay. Ils ont plié l’échine devant le pouvoir de l’ancien maire et de Ghislain Harvey, lequel était perçu tel le « maire exécutif » de Saguenay, sous le régime Tremblay. 

Ces deux hommes ont créé Promotion Saguenay sous prétexte d’en faire un levier de développement, puis ils l’ont politisé jusqu’à l’os, le dénaturant ainsi de sa raison d’être originale. Malheureusement, peut-être est-il déjà trop tard pour redonner à l’organisation ses lettres de noblesse. 

Il sera intéressant de suivre le développement de cette affaire et connaître, notamment, les raisons pour lesquelles le représentant de Promotion Saguenay, Claude Bouchard, a juré sous serment, devant la Commission d’accès à l’information, que son organisation ne trouvait pas le contrat de Ghislain Harvey, à peine cinq jours après la signature dudit document. 

Il est impératif de connaître le fin fond de l’histoire, ne serait-ce que pour atténuer la grogne de la population. 

À ce chapitre, le président nouvellement élu du conseil d’administration de Promotion Saguenay, Éric Larouche, aura fort à faire pour réhabiliter son organisation dans l’opinion publique. Partout sur les réseaux sociaux et sur les sites de nouvelles, les payeurs de taxes ont sorti le goudron et les plumes. Ils réclament des noms, des détails et des réponses. 

Et pendant que les matelots de Promotion Saguenay s’activent à sauver le navire, le capitaine Harvey, lui, s’enfuit avec le trésor, seul à bord de la dernière embarcation de sauvetage.